Moïse Katumbi a-t-il enfin droit à une vie politique normale en République démocratique du Congo ? La question mérite d’être posée au regard de son parcours. Sous Joseph Kabila, l’ancien gouverneur du Katanga s’est retrouvé au centre de plusieurs affaires judiciaires qui ont bouleversé sa carrière politique et l’ont même contraint à quitter le pays. Près de 10 ans plus tard, sous Félix Tshisekedi, un nouveau dossier le ramène devant la justice congolaise. Cette fois, le plaignant est son propre demi-frère aîné, Raphaël Katebe Katoto.
Par Charles Muhindo
En 2016, alors qu’il venait d’annoncer son ambition de briguer la présidence de la République, Moïse Katumbi avait été condamné à trois ans de prison dans une affaire immobilière l’opposant au ressortissant grec Alexandros Stoupis. Il avait dénoncé les accusations portées contre lui ainsi que la procédure engagée, qu’il estimait motivée par des considérations politiques. En avril 2019, il avait finalement été acquitté dans cette affaire.
Au cours de la même période, l’ancien gouverneur avait également été mis en cause dans un dossier de recrutement présumé de mercenaires étrangers. Il avait toujours rejeté ces accusations, qu’il considérait comme une manœuvre visant à empêcher sa candidature à la présidentielle, initialement prévue en 2016 avant d’être reportée à 2018. Cette procédure avait finalement été classée sans suite en 2019.
Ces affaires sont intervenues après la rupture de Moïse Katumbi avec la mouvance au pouvoir, dont il était devenu l’un des principaux adversaires politiques. Il avait ensuite quitté le pays, officiellement pour des raisons de santé, avant de rester en exil jusqu’en 2019. Il avait également affirmé avoir été victime d’une tentative d’empoisonnement par injection d’un produit dangereux.
À l’époque, plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, avaient dénoncé le caractère politique de certaines poursuites engagées contre les opposants au régime de Joseph Kabila. Au final, ces deux dossiers avaient contribué à maintenir Katumbi hors du pays et à compromettre sa participation à l’élection présidentielle de décembre 2018.
Aujourd’hui, une autre affaire, cette fois familiale, le ramène devant la justice. Le lundi 26 octobre 2026, à Kinshasa, la Cour de cassation s’est penchée sur le dossier dans lequel Raphaël Katebe Katoto l’accuse de lui avoir spolié plusieurs biens dans le Haut-Katanga, notamment une villa à Lubumbashi et des fermes.
Actuellement en exil, Moïse Katumbi était absent à l’audience. Sa défense soutient qu’il ne relève pas de la compétence de la Cour de cassation. De leur côté, ses proches dénoncent une procédure dont l’objectif serait, selon eux, d’écarter un adversaire politique jugé gênant.
Ils mettent notamment en avant le contexte politique dans lequel cette affaire refait surface. Raphaël Katebe Katoto est aujourd’hui proche de Félix Tshisekedi et plaide pour le maintien du président au pouvoir au-delà de 2028. Moïse Katumbi, pour sa part, s’oppose à toute prolongation du pouvoir présidentiel au-delà des limites constitutionnelles.
Ce rapprochement entre Katebe Katoto et Félix Tshisekedi alimente ainsi les soupçons de l’entourage de Katumbi, qui voit dans ce procès autre chose qu’un simple conflit immobilier entre deux frères.
De Joseph Kabila à Félix Tshisekedi, Moïse Katumbi semble ainsi passer d’une affaire judiciaire à une autre sans véritablement retrouver de répit. Certes, rien ne permet d’affirmer que toutes les accusations portées contre lui sont infondées ou que chaque procédure le concernant est politiquement motivée. Il reste néanmoins légitime de s’interroger sur la récurrence de ces affaires et sur leur incidence sur le parcours de cet opposant, particulièrement lorsqu’il se positionne contre les ambitions politiques des dirigeants en place.
Son poids politique compte certainement dans cette équation. Ancien gouverneur, homme d’affaires influent et candidat à la présidence, Katumbi a successivement rompu avec les deux camps qui se sont partagé le pouvoir au cours des dernières années. Il demeure ainsi un adversaire de poids sur l’échiquier politique national.
Cela ne fait toutefois pas de lui un citoyen au-dessus des lois, pas plus que son statut d’opposant ne saurait justifier un traitement judiciaire particulier. L’affaire qui l’oppose aujourd’hui à son demi-frère doit donc suivre son cours, dans le respect des règles de procédure et des droits de la défense.
Reste que, pour un homme qui a déjà affronté la justice et connu l’exil sous Joseph Kabila, ce nouveau dossier sous Félix Tshisekedi donne une impression de déjà-vu. Les pouvoirs ont changé, les affaires sont différentes, mais Moïse Katumbi se retrouve une nouvelle fois confronté à une procédure judiciaire susceptible d’avoir des conséquences sur son avenir politique et, éventuellement, sur sa participation à la prochaine élection présidentielle prévue en 2028.












