Par Charles Muhindo
Le cardinal Fridolin Ambongo dénonce les obstacles à la tenue d’un dialogue national inclusif en République démocratique du Congo (RDC). Depuis l’Italie, où il s’est exprimé sur la crise congolaise, l’archevêque de Kinshasa estime que les opérations militaires ne suffiront pas à mettre fin à la guerre dans l’Est du pays. Il appelle les dirigeants congolais à privilégier les discussions, y compris avec les adversaires les plus difficiles.
Le prélat critique notamment les conditions posées par Kinshasa pour l’organisation de ce dialogue, en particulier la volonté de déterminer à l’avance les participants et les acteurs qui en seront exclus.
« Aujourd’hui, pourtant, ce dialogue est bloqué. On pose des préalables, on trace des lignes rouges, on décide à l’avance qui pourra s’asseoir à la table et qui en sera exclu. Je comprends les blessures et les méfiances : elles sont réelles, et le sang versé crie justice. Mais je dois le dire avec clarté : sans dialogue, il n’y aura pas de paix. La force militaire seule n’apportera pas la paix au Congo ; seul un processus politique inclusif le pourra », déclare le cardinal Ambongo.
Sans citer directement le président Félix Tshisekedi, l’archevêque remet ainsi en question une approche qui consiste à exclure certains acteurs avant même l’ouverture des discussions. À ses yeux, les violences et les profondes divergences entre les parties ne doivent pas empêcher la recherche d’une solution politique.
« Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue. Le dialogue est le mot sacré, le mot-clé qui peut nous sauver, et il faut avoir le courage de le mener même avec ceux que nous considérons comme des ennemis. La paix ne se fait pas entre amis ; elle se fait entre adversaires qui acceptent de se reconnaître comme frères », affirme-t-il.
Le cardinal Ambongo établit également un lien entre la persistance du conflit dans l’Est et les convoitises autour des ressources naturelles de la RDC. Il dénonce un système dans lequel les richesses minières profitent à une minorité, tandis qu’une grande partie de la population reste confrontée à la pauvreté. Il pointe à la fois les inégalités internes et les intérêts étrangers liés à l’exploitation des minerais congolais.
« Pourquoi cette guerre dure-t-elle ? Parce qu’au Congo, l’être humain a perdu sa valeur. Sa dignité d’être créé à l’image de Dieu n’est plus reconnue ; seuls comptent les minerais et les richesses. Le coltan, la cassitérite, l’or de nos collines nourrissent la guerre au lieu de nourrir nos enfants. Il y a là une double injustice : une injustice intérieure, quand la richesse se concentre entre les mains d’une petite minorité tandis que l’immense majorité vit dans la pauvreté ; et une injustice extérieure, quand des intérêts étrangers, voisins ou lointains, se disputent nos ressources », déclare-t-il.
Pour l’archevêque de Kinshasa, les conséquences humaines du conflit illustrent les limites d’une réponse exclusivement militaire. Les affrontements entraînent des pertes en vies humaines et laissent des familles endeuillées, notamment des veuves et des orphelins.
« La force des armes produit des vainqueurs et des vaincus, des veuves et des orphelins. La force du dialogue produit des frères. C’est cette force-là que nous sommes venus chercher à Assise », insiste le cardinal Ambongo.
À travers cette prise de position, le prélat appelle les autorités congolaises à maintenir ouverte la voie des négociations avec les acteurs impliqués dans le conflit. Il défend un processus politique inclusif, qu’il considère comme indispensable à une paix durable, et plaide pour une meilleure répartition des richesses du pays.
Ces déclarations interviennent alors que les modalités du dialogue national font débat en RDC. Dans l’ordonnance présidentielle convoquant ce processus, Félix Tshisekedi a défini le cadre de ces discussions, alors que la participation des acteurs impliqués dans les affrontements dans l’Est demeure une question sensible. L’exclusion préalable des groupes armés constitue notamment l’un des points de tension autour de la démarche présidentielle.












