Par Emmanuel Medina
Le rapport mensuel du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), publié ce mercredi 4 novembre 2026, fait état d’une dégradation préoccupante de la situation des droits humains en République démocratique du Congo. Les violences sexuelles liées aux conflits ont notamment plus que triplé en août, tandis que les déplacements de population se poursuivent dans un contexte d’insécurité persistante.
Au total, 491 violations et atteintes aux droits de l’homme ont été documentées en août 2026, contre 464 en juillet, soit une augmentation de 6 %. Ces exactions ont fait au moins 1 264 victimes, portant le bilan mensuel à son niveau le plus élevé depuis mars dernier, selon le BCNUDH.
L’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu restent les provinces les plus touchées par ces violences, dans un contexte marqué par les opérations des groupes armés, les incursions des ADF et les affrontements avec les forces loyalistes. Le rapport relève également une extension de l’insécurité dans d’autres régions du pays. Les provinces traditionnellement moins affectées ont enregistré 79 violations en août, soit une hausse de 68 % en un mois.
L’une des évolutions les plus préoccupantes concerne les violences sexuelles liées aux conflits. Le BCNUDH a recensé 230 victimes au cours de 65 incidents documentés en août, soit une augmentation de plus de 200 % par rapport au mois précédent.
Toutes les victimes recensées sont des femmes et des filles. Le bilan comprend 166 femmes et 64 filles, ces dernières représentant près de 28 % des victimes. Ces chiffres illustrent l’ampleur des violences sexuelles auxquelles les populations civiles, particulièrement les femmes et les mineures, restent exposées dans les zones touchées par les conflits.
Parallèlement aux violations des droits humains, l’insécurité continue de provoquer des déplacements massifs de population. Quelque 300 000 personnes supplémentaires ont été contraintes de quitter leur domicile en août, portant à 6,1 millions le nombre de déplacés internes en RDC à la fin du mois, contre 5,8 millions en juillet.
Ces données rejoignent les statistiques présentées le 13 octobre dernier devant les Nations unies par le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Jacquemain Shabani. Celui-ci avait fait état de 6,1 millions de déplacés internes et de 1,3 million de réfugiés congolais, tout en appelant à un soutien urgent du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Sur le plan judiciaire, les réponses apportées aux violations documentées restent limitées. Au cours de la période considérée, six affaires ont été jugées par les juridictions militaires. Elles impliquaient cinq membres des Forces armées de la RDC (FARDC) et un agent de la Police nationale congolaise (PNC), tous condamnés pour des infractions liées aux violations des droits humains. Trois militaires ont notamment été condamnés à la peine de mort.
Ces condamnations interviennent alors que le gouvernement congolais affiche régulièrement sa volonté de renforcer les mécanismes de justice transitionnelle et de lutter contre l’impunité. Depuis la levée du moratoire sur l’application de la peine de mort en mars 2024, plus de 300 condamnations à la peine capitale auraient été prononcées par les juridictions militaires. Toutefois, Amnesty International souligne qu’aucune exécution n’a été officiellement recensée en RDC depuis 2003.













