Les dépenses des institutions publiques congolaises dépassent largement les prévisions budgétaires. Au cours de 6 premiers mois de 2026, les ministères ont dépensé près de 1,27 milliard de dollars américains, soit 217 % de ce qui était prévu pour cette période. Les autres institutions réunies ont consommé 658 millions de dollars, représentant 167 % des prévisions.
Par Charles Muhindo
Pendant ce temps, les provinces n’ont reçu que 151 millions de dollars, soit à peine 30 % des fonds qui leur étaient destinés. Ces chiffres sont tirés du rapport d’exécution du budget transmis par le Gouvernement à l’Assemblée nationale et rendus publics par le député national Gratien Nicolas, élu de l’Ituri.
Dans sa réaction publiée ce jeudi 5 novembre sur X, l’élu dénonce le décalage entre les dépenses des institutions et les moyens effectivement transférés aux provinces.
«Un budget sans discipline appauvrit tout le pays. Le Gouvernement se doit d’être exemplaire, car on ne peut pas développer une nation dans de telles conditions», a-t-il écrit.
Cette situation remet sur la table la question du train de vie des institutions de la République. Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent pour demander aux autorités de réduire les dépenses liées au fonctionnement des institutions politiques, notamment la présidence de la République, le Parlement, les cours et tribunaux ainsi que les cabinets ministériels. Pour nombreux, les ressources ainsi économisées pourraient être orientées vers des secteurs qui manquent encore de moyens.
La question vaut son pesant d’or pour autant que la RDC fait face à plusieurs urgences. Dans l’Est du pays, où les FARDC sont engagées dans la guerre contre les rebelles du FRN/M23 et leurs alliés, l’armée a besoin de moyens pour mener les opérations militaires et améliorer les conditions de vie des soldats. Dans d’autres secteurs, des fonctionnaires de l’État continuent également de réclamer une amélioration de leurs salaires et de leurs conditions de travail.
Les provinces sont aussi concernées par cette répartition des ressources. Avec seulement 30 % des fonds attendus au cours du premier semestre, elles n’ont pas assez de moyens pour répondre aux besoins de leurs populations et faire fonctionner les services publics de l’Etat. C’est d’ailleurs cela qui contraste avec les dépassements enregistrés au niveau des ministères et des autres institutions qui vont jusqu’à plus de 200% en 6 mois.
La publication de Gratien Nicolas est relayée au moment où les discussions autour du budget 2027 sont déjà lancées. Dans une autre publication sur X, le député soulève notamment la question des recettes auxquelles l’État renonce, des dépenses du pouvoir central, des transferts aux provinces et des moyens accordés aux militaires. Il affirme vouloir s’appuyer sur les documents officiels du Gouvernement pour présenter les difficultés de gestion des finances publiques.
Pour cet élu, les autorités doivent revoir les priorités dans l’utilisation des ressources de l’État. La réduction du train de vie des institutions revient ainsi au centre avec une question : comment justifier des dépenses aussi supérieures aux prévisions au sommet de l’État alors que plusieurs services publics, les provinces et les forces armées attendent encore des moyens pour remplir leurs missions ?













