RDC : le Conseil économique et social se penche sur la pollution minière alarmante dans le Grand Katanga

RDC : le Conseil économique et social se penche sur la pollution minière alarmante dans le Grand Katanga

Par Siméon Isako et Emmanuel Medina

Réuni en séance académique à Kinshasa, le Conseil économique et social (CES) a examiné les conséquences dramatiques de l’exploitation du cuivre et du cobalt dans le Grand Katanga. Porté par une délégation de scientifiques de l’Université de Lubumbashi (UNILU), le constat est sans appel : plus de 22 000 hectares de terres sont gravement pollués, menaçant directement la santé publique, la biodiversité et la sécurité alimentaire des provinces du Haut-Katanga et du Lualaba

Face à l’ampleur de la crise environnementale qui touche le poumon économique de la République démocratique du Congo, le CES, sous la direction de son président Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, a fait appel aux experts de l’UNILU conduits par le Recteur Gilbert Kishiba Fitula. L’objectif est d’éclairer les institutions de l’État grâce à des données scientifiques rigoureuses afin d’initier des politiques de remédiation urgentes.

L’extraction intensive et la transformation des minerais ont laissé des stigmates profonds sur l’écosystème katangais. Selon les recherches présentées par le professeur Mylor Ngoy Shutcha, la pollution par les métaux lourds tels que le cuivre, le cobalt, le plomb, le zinc, l’arsenic et le cadmium s’étend désormais sur plus de 22 000 hectares.

L’exemple du site de Penga Penga est particulièrement saisissant : les concentrations de cuivre y atteignent 50 000 parties par million (ppm), alors qu’un sol forestier sain n’en compte que 220. Cette toxicité extrême détruit les sols, contamine les nappes phréatiques et menace de disparition plusieurs espèces végétales uniques au monde qui composent la biodiversité de la région.

La dimension humaine et sanitaire de cette pollution a fait l’objet d’un diagnostic alarmant de la part du professeur Célestin Banza Lubaba Nkulu, de la Faculté de médecine de l’UNILU. Ses investigations révèlent une contamination généralisée des écosystèmes aquatiques à proximité des centres miniers, notamment autour de Kolwezi. Plusieurs cours d’eau vitaux sont touchés :les rivières Tshituta, Kashala, Kalweji et Kamakanda, et le lac Kando.

Les populations riveraines, et plus particulièrement les enfants, présentent des taux d’exposition aux métaux lourds extrêmement élevés. Les scientifiques lient directement cette imprégnation toxique à la recrudescence de pathologies graves dans la zone, telles que des affections respiratoires, des cardiomyopathies dilatées ainsi que des malformations congénitales. Le corps médical exige l’instauration immédiate d’une surveillance sanitaire permanente et le contrôle strict des rejets industriels.

L’impact s’étend également aux champs. Le professeur Lucien Nyembo Kimuni a démontré que de nombreuses terres agricoles du Grand Katanga accumulent du cadmium et de l’arsenic, mettant en péril la qualité des aliments et la sécurité alimentaire de la région.

Pour contrer cette fatalité, l’UNILU développe et propose des solutions concrètes :

La phytoremédiation : utiliser des plantes locales spécifiques capables de stabiliser les contaminants et de reconstituer une couverture végétale sur les sols détruits.

La bioponie : une technique de culture hors-sol innovante permettant de produire des légumes sains, à l’abri du contact des sols pollués, en maîtrisant la pureté de l’eau utilisée.

Le durcissement réglementaire : le renforcement des audits environnementaux imposés aux entreprises minières et un contrôle accru de la gestion de leurs résidus industriels.

Notons que, ces travaux soulignent le rôle crucial de l’université congolaise dans la résolution des crises nationales. Les recommandations issues de cette session académique serviront de boussole aux pouvoirs publics pour exiger, enfin, une exploitation minière responsable et respectueuse des populations du Grand Katanga.

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