Attaque d’un site minier détenu par des Chinois en Ituri : comment les ADF ont contourné les FARDC grâce aux drones et au GPS

Il y a quelques jours, le site minier de Muchacha, dans la province de l’Ituri (Est de la RDC), exploité par des Chinois de la société Kimia Mining dans la rivière Ituri, a été la cible d’une attaque bien planifiée par les djihadistes ADF et exécutée avec des moyens technologiques inhabituels pour ce groupe armé.

Par Reporter. CD

Selon les informations issues des investigations du journaliste Fiston Mahamba, les assaillants ont utilisé des drones, des appareils GPS et même une connexion internet satellitaire pour préparer leur progression et éviter les positions de l’armée congolaise et des Wazalendo.

L’attaque qui avait fait d’importants dégâts matériels et humains pour autant que le site est bien protégé par les troupes congolaises de sorte que personne n’aurait pensé que des assaillants pouvaient le pénétrer aussi facilement.

D’après les analyses des chercheurs Ryan O’Farrell et Caleb Weiss cités par le journaliste Fiston Mahamba, les outils technologiques ont permis aux ADF de localiser avec précision les positions de l’armée congolaise et celle des combattants Wazalendo. Grâce à ces informations, les rebelles ont pu contourner les zones à risque et progresser discrètement vers leur cible sans être détectés. L’opération aurait été coordonnée depuis un maquis situé dans le territoire de Lubero (à plusieurs kilomètres, pourtant), sous la direction du chef rebelle Mahmood Hassan, considéré comme un relais entre Musa Baluku (leader no1 du mouvement) et le réseau de l’État islamique.

Toujours selon ces sources, les combattants ADF ont quitté leurs bases de Mabuo et Bandulu (Lubero/Nord-Kivu) pour parcourir près de 100 kilomètres à travers la forêt, sans être repérés. Une fois arrivés à Muchacha, ils ont lancé une attaque ciblée contre le site minier, marquant l’une des premières offensives d’envergure contre une exploitation semi-industrielle opérée par des étrangers dans cette zone. Selon ces chercheurs, cette capacité à se déplacer sur une longue distance, en évitant les forces de sécurité est une preuve d’une une organisation plus structurée et une montée en puissance inquiétante du groupe.

Après l’attaque, les ADF ont maintenu leur présence dans cette zone pendant plusieurs jours, contrôlant différents points d’exploitation de Kimia Mining et tendant des embuscades aux forces congolaises venues intervenir. Ce n’est qu’au bout d’une dizaine de jours qu’une coalition composée des FARDC, des Wazalendo et de l’armée ougandaise (UPDF) a réussi à reprendre le contrôle du site. Entre-temps, les rebelles ont étendu leurs attaques à d’autres localités, notamment à Babesua, et multiplié les actes de violence contre les civils et les usagers de la route nationale numéro 4.

Les investigations de Fiston Mahamba indiquent également que les ADF ont poursuivi leurs opérations de surveillance à l’aide de drones, avec notamment un survol signalé le 17 mars au niveau de la réserve de faune à Okapis, à Epulu. Une utilisation permanente des technologies modernes qui prouve qu’il y a une nette évolution stratégique de ce mouvement terroriste qui ne se limite plus à des attaques classiques, mais cherche désormais à contrôler des zones et à étendre son influence vers d’autres provinces comme la Tshopo et le Haut-Uele, grâce à des méthodes modernes de combat.

Considéré comme le groupe le plus cruel et le plus homicide du pays, l’ADF devient ainsi un mouvement terroriste qui devrait également attirer l’attention du pays comme c’est le cas avec le M23. Avec le développement des moyens technologiques, il risque de se montrer plus nocifs qu’il n’était question, surtout avec des attaques ciblant même des camps de l’armée comme cela a été le cas avec le site de Muchacha.

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