Aussitôt signé, aussitôt violé : reprise des accusations mutuelles au lendemain d’un accord signé en Suisse

Entre le 13 et le 17 avril 2026, le gouvernement congolais et le M23 ont participé au 9e round des pourparlers de paix à Montreux, en Suisse.

Par Gédéon ATIBU

Ces discussions ont débouché, le 14 avril, sur la signature d’un document portant sur plusieurs engagements, notamment l’observance coordonnée du cessez-le-feu, la facilitation de l’accès humanitaire dans les zones touchées par les combats et la libération de prisonniers prévue au plus tard le 24 avril prochain. Cet accord était présenté comme une étape importante dans la tentative menée pour mettre fin aux tensions sécuritaires sur le terrain.

Mais à peine quelques jours après cette signature, la situation se détériore déjà. Dans la nuit du 18 au 19 avril, des affrontements et des bombardements ont été signalés dans certaines parties du Sud-Kivu, notamment dans les hauts plateaux de Minembwe. Des civils ont été tués et d’autres blessés, selon des informations relayées par l’armée congolaise. Ces nouveaux accrochages interviennent avant même l’entrée en application complète des engagements pris en Suisse. L’accord fraîchement signé est donc déjà mis à l’épreuve.

Les Forces armées de la RDC ont rapidement réagi en accusant le M23 et ses alliés d’être à l’origine des attaques. Dans un communiqué publié le 19 avril, elles affirment que des drones ont été utilisés pour frapper des positions militaires ainsi que des zones habitées à Mikenge, Kakenge et au Point Zéro. L’armée parle de violations graves du cessez-le-feu et évoque la mort des civils, dont des femmes et des enfants, tout en annonçant qu’elle se réserve le droit de répondre à ces attaques.

De son côté, le M23 rejette ces accusations et accuse à son tour les forces gouvernementales de Kinshasa d’avoir mené des bombardements dans des zones civiles. Le mouvement affirme que des drones et de l’artillerie lourde ont été utilisés contre des localités comme Kalingi, Bidegu et Mitimingi, causant d’importants dégâts et mettant en danger les populations. Il parle également de violations répétées du cessez-le-feu et dit documenter ces incidents.

Ces nouvelles accusations mutuelles ne viennent que rallumer le feu que Suisse a tenté d’etiendre. A bien voir, les belligérants semblent encore répartis pour une nouvelle escalade après une série déjà longue de tentatives de désescalade qui n’ont pas duré longtemps sur le terrain. Dans le passé, d’autres engagements similaires avaient déjà été pris entre Kinshasa et le M23, avec des promesses de cessez-le-feu et la fin des hostilités, sans que la situation ne s’améliore réellement. À chaque fois, les textes signés ont été suivis très rapidement par de nouvelles hostilités, des accusations entre les 2 parties. Cette relance des combats donne finalement l’impression que les accords ne parviennent pas à s’imposer comme un véritable moyen pouvant conduire au retour de la paix, mais juste plutôt comme des pauses dans un conflit qui continue de faire des victimes. Peu à peu, l’espoir d’un retour de la paix s’éloigne, au rythme des engagements qui se succèdent sans être réellement appliqués sur le terrain.

Dans ce contexte, l’avenir de l’accord de Suisse paraît incertain. Les engagements pris à Montreux n’ont pas encore produit d’effets visibles sur le terrain, et les affrontements enregistrés montrent que la confiance peine à s’installer entre les parties en conflit. Comme par le passé, il ressort clairement que les deux camps ne sont pas résolus à respecter leurs engagements, décidés à rallumer le feu et à se rejeter la balle. La pression américaine n’aura finalement donc pas eu raison des hostilités sur le terrain.

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