Alors qu’on en est encore à plusieurs mois de l’élection du prochain secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, la République démocratique du Congo s’est d’ores et déjà lancée dans une campagne diplomatique sérieuse.
Par Reporter. CD
À Kinshasa, les autorités ont décidé de ne pas attendre le scrutin prévu en novembre 2026. Sans doute, parce qu’en face de son candidat, se trouve la Rwndaise Louise Mushikiwabo, qui brigue un énième mandat et qui est déjà une habituée de l’organisation. Ainsi, depuis quelques jours déjà, les autorités congolaises multiplient des initiatives pour imposer la candidature de Juliana Lumumba, dans une démarche qui ressemble de plus en plus à une campagne électorale d’envergure auprès des pays membres de l’espace francophone.
Cette mobilisation a d’abord commencé à Kinshasa, où plusieurs rencontres ont été organisées avec les diplomates accrédités dans le pays. Félix Tshisekedi, accompagné de la cheffe de la diplomatie congolaise, a échangé directement avec ces diplomates pour présenter le profil et la vision de la candidate congolaise. L’objectif est de poser les bases d’un soutien international solide en expliquant pourquoi la RDC estime qu’il est temps de voir une nouvelle figure prendre la tête de la Francophonie. Lors des ces échanges, a-t-on appris, Kinshasa met en avant le parcours de Juliana Lumumba, mais aussi son ambition de redonner un nouveau souffle à l’organisation, en la rapprochant davantage des peuples des pays francophones respectifs.
Après ce cadre national, les dirigeants congolais ont entamé une série de démarches à l’étranger, avec en ligne de mire plusieurs capitales africaines et francophones. C’est dans cette optique qu’une délégation a été dépêchée à Brazzaville pour rencontrer Denis Sassou-Nguesso le mardi 31 mars dernier. Ce déplacement est symbolique, car il s’agit d’un pays considéré comme proche de la RDC. Kinshasa cherche ainsi à s’assurer d’abord de l’accompagnement des États dont le soutien est jugé naturel, avant d’élargir progressivement sa campagne à d’autres États.
En même temps, Juliana Lumumba elle-même est mise en avant dans cette campagne si l’on s’en tient à une interview qu’elle a accordée à Jeune Afrique le mardi 31 mars. Elle participe à certaines rencontres et expose sa vision d’une Francophonie plus active, plus inclusive et plus proche des réalités des populations. L’idée défendue est de sortir l’organisation de son fonctionnement habituel pour en faire un véritable espace d’échanges entre les peuples. Ce discours est alors utilisé comme un argument pour convaincre les États membres de soutenir une nouvelle vision à la tête de l’OIF
Selon des éléments relayés notamment par le magazine, cette offensive diplomatique ne date pas d’aujourd’hui. Depuis plusieurs semaines déjà, des contacts sont établis en coulisses avec différents pays pour évaluer leurs positions et tenter de gagner leur soutien. Kinshasa avance donc à la fois de manière visible et discrète, en combinant les rencontres officielles et les discussions informelles. Cette stratégie montre que la RDC est consciente que l’élection ne se jouera pas uniquement au moment du vote, mais bien dans les mois qui précèdent.
Comme cela a précédemment été évoqué, en face de trouve la candidate Louise Mushikiwabo, qui est un adversaire de taille. Déjà en fonction, elle dispose d’un réseau bien établi et d’une expérience qui joue en sa faveur. Le Rwanda a déjà annoncé son soutien à sa candidature pour un nouveau mandat, ce qui renforce sa position dans la course, surtout que depuis son arrivée à la tête de l’organisation, elle a bénéficié du soutien de la France même dans un contexte où le Rwanda s’est retiré de la Francophonie. Cette situation oblige donc la RDC à intensifier ses efforts pour espérer inverser le rapport de force, d’autant plus que plusieurs pays pourraient être tentés de soutenir la continuité.
Mais, au delà de cela, cette élection arrive aussi dans un contexte tendu entre la RDC et le Rwanda. Les relations entre les deux pays restent marquées par des accusations réciproques, notamment autour de la situation sécuritaire dans l’est congolais. Dans ce climat, la bataille pour la tête de la Francophonie prend une dimension différente. Elle devient aussi un terrain où les rivalités entre les 2 nationaux vont réapparaître et où chaque camp va chercher à démontrer le degré de sa diplomatie sur le plan international.
Ainsi, plus le mois novembre prévu pour l’élection approche, plus tout indique que la campagne va encore s’intensifier. Kinshasa semble déterminée à poursuivre ses démarches auprès des États membres de la Francophonie, en multipliant les contacts diplomatiques. Sans doute, une anticipation qui vise à baliser ‘e terrain bien avant le vote final. Reste à savoir si cette mobilisation suffira pour faire pencher la balance en faveur de Juliana Lumumba face à une candidate déjà solidement installée à la tête de l’organisation.













