Par MEDINA
Alors que les engagements pris à Montreux peinent à s’incarner sur le terrain, l’espoir d’une désescalade se dissipe face à la reprise des combats. Au-delà des communiqués militaires et des calculs politiques, ce sont des milliers de vies qui restent suspendues à une paix qui semble, une fois de plus, leur échapper.
Le papier était pourtant porteur d’une promesse rare. Entre le 13 et le 17 avril derniers, sous le ciel neutre de Montreux en Suisse, un souffle d’espoir avait traversé les frontières de la République démocratique du Congo. Le gouvernement et l’AFC/M23, sous l’égide de médiateurs internationaux, semblaient avoir trouvé un langage commun celui de la confiance.
Aujourd’hui, le constat est amer. Le délai de dix jours pour la libération des prisonniers 311 d’un côté, 166 de l’autre a expiré dans un silence assourdissant. Derrière ces chiffres se cachent des pères, des fils et des frères, dont le retour au foyer devait symboliser le premier pas vers une réconciliation tant attendue. Au lieu de cela, ce sont les drones de combat qui ont repris la parole dans les Hauts Plateaux de Minembwe, transformant à nouveau le ciel en menace pour les civils.
Sur le terrain, l’écart entre les salons diplomatiques et la boue des tranchées n’a jamais paru aussi vaste. Les accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu, qu’il s’agisse de l’abattage d’un drone rwandais par les FARDC ou des bombardements dénoncés par l’AFC/M23 à Gakenke, ne sont pas que des statistiques militaires. Ce sont des obstacles supplémentaires sur le chemin du retour pour les populations déplacées, privées de leurs champs, de leurs écoles et de leur dignité.
Pourtant, le discours officiel se veut encore rassurant. Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, évoque une volonté d’honorer les engagements pour permettre aux populations de l’Est de reprendre une vie normale. Benjamin Mbonimpa, pour l’AFC/M23, réaffirme l’engagement de son mouvement. Mais la question demeure quand la volonté politique rejoindra-t-elle enfin la réalité quotidienne des habitants du Sud-Kivu et du Nord-Kivu ?
La MONUSCO a rappelé les conditions élémentaires d’un contrôle crédible du cessez-le-feu, l’arrêt des brouillages GPS, la fin des drones offensifs et la libre circulation humanitaire. Ces exigences ne sont pas de simples détails techniques ; elles sont les garanties minimales pour que l’aide arrive à ceux qui souffrent et pour que la peur change de camp.
La réunion prévue ce mardi 28 avril pour finaliser l’opérationnalisation du mécanisme de vérification représente peut-être l’une des dernières chances de sauver l’esprit de Montreux.
L’approche humaniste nous rappelle qu’une négociation réussie ne se mesure pas au nombre de communiqués signés, mais au nombre de familles qui peuvent enfin dormir sans craindre le bruit des explosions. Il est temps que les acteurs de ce conflit regardent au-delà des lignes de front pour apercevoir l’humanité meurtrie qui appelle, non pas à de nouvelles stratégies, mais à une paix concrète et immédiate.
Le peuple congolais a déjà payé un tribut trop lourd à l’attente. À Montreux, à Doha ou à Kinshasa, l’urgence n’est plus de discuter la paix, mais de la laisser enfin advenir.












