Début du processus de changement de la constitution : L’Union sacrée tâte le terrain et teste l’opposition

Par Gédéon ATIBU

La coalition au pouvoir en RDC ne désarme pas face aux pressions internes et externes sur le projet de changement constitutionnel.Avec son communiqué publié ce 20 avril 2026, le secrétariat permanent de l’Union sacrée de la nation ne laisse plus de doute : le processus de réforme de la loi fondamentale est bel et bien lancé. Derrière un appel ouvert à toutes les couches de la population pour envoyer leurs propositions, l’Union sacrée enclenche une étape concrète, décisive et peut-être même bien risquée. Il ne s’agit plus d’un simple débat sur les médias comme c’était le cas il y a quelques jours mais d’un processus avec un calendrier, la date limite étant désormais fixée au 20 mai 2026, en plus de la mise en place annoncée d’une commission technique chargée d’examiner les propositions.

Dans cette optique, cette première phase apparaît aussi comme une manière pour l’Union sacrée de tester le climat autour de son initiative. Il s’agit en quelque sorte de tâter le terrain pour observer les réactions de l’opinion publique : y aura-t-il des manifestations, des prises de position fermes contre la démarche, des soutiens affichés ou au contraire un silence presque total ? Cette lecture des réactions sociales et politiques permettra au pouvoir d’ajuster, voire d’accélérer, les prochaines étapes du processus de changement constitutionnel.

Ce qui frappe dans ce communiqué, c’est la manière dont l’Union sacrée tente de donner une image inclusive à cette initiative. Elle appelle presque tout le monde : partis politiques, associations, confessions religieuses, ONG, universitaires, juristes et même les Congolais de la diaspora. Cette approche donne l’impression d’un processus participatif. Mais en réalité, le cadre doit déjà être défini par le pouvoir en place, qui garde la main sur toutes les étapes, jusqu’à la transmission du rapport final au président de la République.

Mais, en même temps, cette annonce joue aussi le rôle de thermomètre politique vis-à-vis de l’opposition. Elle permet de jauger sa capacité à réagir face à un projet aussi sensible. Beaucoup estiment d’ailleurs qu’il s’agit d’un test majeur pour une opposition jugée faible, divisée et incapable de mobiliser pour contrer le régime en place. Hormis des déclarations parfois faites à partir de l’’étranger ou dans les médias, c’est sa capacité à mobiliser, à répondre et à peser qui est mise à l’épreuve.

Il faut toutefois dire que cette démarche intervient dans un contexte très délicat dans le pays. La RDC est confrontée à une crise sécuritaire dans sa partie Est, où les combats et les attaques continuent de faire des victimes. Dans ce climat, beaucoup s’interrogent sur le timing d’une telle réforme. Pour certains, engager une démarche aussi sensible maintenant peut détourner l’attention sur les urgences, notamment sécuritaires et même économiques. Mais du côté de l’Union sacrée, rien n’indique que le recul est envisagé : la machine est déjà bien en marche.

Pourtant, les critiques continuent de se multiplier. Des acteurs politiques de l’opposition, mais aussi des organisations de la société civile, expriment leurs craintes. Ils redoutent que cette réforme constitutionnelle aient comme objectif de maintenir pour très longtemps Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà des délais constitutionnels. Cette peur d’un changement des règles du jeu en faveur du pouvoir actuel est donc bien présente. Et dans un pays marqué par une histoire politique souvent agitée, ce genre d’initiative peut rapidement devenir une source de tensions difficiles à contenir si l’on s’en tient aux acteurs en face dont des porteurs d’armes ou encore d’autres qui espèrent accéder aux plus hautes fonctions du pays grâce aux élections, après le départ du chef de l’Etat.

Mais il faut noter que le président Tshisekedi reste silencieux sur la question ces jours. Contrairement aux années précédentes, il ne s’est plus exprimé ouvertement sur le sujet, laissant ses proches prendre le devant, comme ce fut d’ailleurs sous Kabila fils. Parmi eux, Augustin Kabuya se montre particulièrement engagé. Son discours est clair : il va même jusqu’à demander qu’on ne parle pas de dauphin du président tant que celui-ci est encore en fonction. À lui s’ajoute maintenant André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, qui, à son tour, lance officiellement l’initiative, allant jusqu’à fixer même des dates.

Tout compte fait, tout indique que l’Union sacrée n’est pas prête à reculer, contre vents et marées. Malgré la crise sécuritaire, malgré les critiques et les risques de tensions, elle veut aller plus loin. Le processus est lancé, les étapes sont définies, et le cap semble maintenu. La grande question reste donc entière : jusqu’où ira cette démarche ? L’opposition politique réussira-t-elle à opposer son veto? Et surtout, quelles seront les conséquences pour un pays déjà fragilisé par plusieurs crises à la fois ? Seul l’avenir pourra répondre à ces questions.

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