Par Reporter
Le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege, a lancé un avertissement sévère contre les processus diplomatiques de Washington et de Doha, qu’il estime déconnectés des réalités congolaises et incapables d’apporter une paix durable en République démocratique du Congo. Pour lui, ces initiatives, présentées comme des avancées sur la scène internationale, risquent au contraire d’enliser davantage le pays dans une crise sécuritaire dont les populations civiles paient un prix humain dévastateur.
Depuis plus d’un siècle et demi, rappelle le Dr Mukwege, l’histoire du Congo reste marquée par l’ingérence de puissances étrangères au détriment des aspirations légitimes du peuple congolais. Aujourd’hui encore, selon lui, les négociations se tiennent loin du pays, « sans transparence, sans inclusion, et sans volonté de s’attaquer aux causes profondes du conflit ». Le processus de Doha, tout comme celui de Washington, souffrirait d’un déficit majeur de participation et de crédibilité.
Le gynécologue congolais souligne que l’Accord-cadre de Doha ne prévoit ni mécanismes contraignants, ni calendrier clair, ni garanties concrètes pour briser le cycle de l’impunité. Alors que seuls deux des huit protocoles ont été paraphés, les rebelles du M23 et l’Alliance Fleuve Congo (AFC) poursuivent leurs opérations offensives, violant le cessez-le-feu censé encadrer le processus. Pour Dr Mukwege, cette situation illustre une stratégie persistante du « talk and fight » où les discussions diplomatiques ne servent qu’à gagner du temps tout en consolidant des positions sur le terrain.
Le médecin et militant des droits humains va plus loin : il pointe du doigt la poursuite des opérations du M23/AFC sous la direction du Rwanda, en violation de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU. La signature de l’Accord-cadre de Doha, alors même que les troupes rwandaises n’ont pas été retirées du sol congolais, constitue selon lui une contradiction grave qui sape toute crédibilité du processus. Les récents massacres, notamment celui de 22 civils à Irhambi/Katana, démontrent, dit-il, l’inefficacité des engagements pris et l’absence de protection pour les populations.
Enfin, Denis Mukwege dénonce des processus « bilatéraux, opaques et contraires au droit international », qui normalisent une agression armée au lieu d’y mettre fin. Il regrette que les victimes, les communautés locales et les véritables acteurs de paix soient exclus des discussions, alors même qu’ils représentent le cœur de toute solution durable.
À travers cette déclaration, le Prix Nobel de la Paix appelle à remettre le peuple congolais au centre des décisions, à exiger la fin de toute présence armée étrangère sur le territoire national, et à engager un dialogue réellement inclusif, transparent et conforme au droit international pour restaurer une paix juste et durable en RDC.











