Près de 2 mois après la déclaration officielle de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, une question revient avec insistance : la riposte est-elle menée avec toute l’urgence qu’impose cette maladie ? La RDC n’en est pourtant pas à sa première expérience. Le pays a déjà affronté plusieurs épidémies, dont celle de 2018, l’une des plus longues et l’une des plus meurtrières. Cette expérience devait permettre une réaction rapide et proportionnelle. Mais sur le terrain, plusieurs signes montrent que la situation ne rassure pas.
Par Gédéon Antibu
Au départ, l’épidémie semblait se concentrer dans l’Ituri. Quelques semaines plus tard, des cas ont été signalés au Nord-Kivu, puis au Sud-Kivu. Aujourd’hui, la maladie atteint de nouvelles provinces. Deux cas confirmés à Kisangani ont poussé les autorités sanitaires à considérer la Tshopo comme une nouvelle province touchée. Le Haut-Uele est également déjà sur la liste des provinces concernées. Cette situation montre que le virus continue de se proposer dans plusieurs zones du pays.
Le cas de Kisangani retient particulièrement l’attention. Cette ville est un important carrefour du pays, reliée par voie aérienne à Kinshasa et à plusieurs autres régions. Plus inquiétant encore, l’un des 2 cas confirmés ne présente, selon les premières informations, aucun lien géographique connu avec les foyers actifs. Même si des analyses complémentaires sont en cours, cette situation inquiète et fait craindre une éventuelle transmission qui aurait échappé à la surveillance.
Or, face à Ebola, le temps est un facteur décisif. Plus un malade est identifié rapidement, plus il est facile de retrouver ses contacts et de couper la chaîne de transmission. Dans le cas contraire, chaque retard laisse au virus la possibilité de se propager plus loin C’est pourquoi les spécialistes rappellent que la surveillance épidémiologique, la recherche des contacts et la rapidité de la réponse restent les armes les plus efficaces contre cette maladie.
Sur le plan financier, les moyens ne semblent pourtant pas manquer. Le gouvernement congolais et plusieurs partenaires ont annoncé d’importants financements pour soutenir la riposte. Mais ces ressources doivent être visibles sur le terrain. Les difficultés rencontrées par les équipes engagées dans la lutte contre Ebola interrogent, elles aussi. En Ituri, des prestataires ont dénoncé des retards dans leur prise en charge et certains ont même menacé de déclencher un mouvement de grève. Une telle situation ne peut qu’affaiblir les efforts de lutte contre une épidémie qui exige des efforts inlassables.
Peut-on espérer ? En effet, alors que les doutes planent, le gouvernement assure avoir pris des mesures pour résoudre ces problèmes. Les autorités annoncent notamment un nouveau système de paiement direct des agents de santé grâce à des cartes numériques, afin d’éviter les retards et les intermédiaires lors de la paie. Ces décisions vont dans le bon sens, mais elles devront entrer en vigueur rapidement pour encourager les équipes de riposte engagées sur de terrain.
La bonne nouvelle est que le Sud-Kivu devrait bientôt être retiré de la liste des provinces touchées, faute de nouveaux cas actifs depuis 42 jours. Cela prouve qu’il est possible de contenir l’épidémie lorsque la surveillance fonctionne correctement et que les mesures de riposte sont appliquées avec rigueur. Mais cette évolution positive ne doit pas faire oublier que de nouveaux foyers apparaissent ailleurs.
La RDC possède aujourd’hui une expérience que peu de pays ont dans la lutte contre Ebola. C’est justement pour cette raison que les attentes sont très grandes. Si la maladie continue de gagner du terrain malgré cette expérience, il devient légitime de s’interroger sur l’efficacité réelle de la riposte. Car plus les réponses tardent à produire leurs effets, plus le risque grandit de voir l’épidémie s’étendre davantage et de faire plus de victimes comme en 2018, surtout que ni le vaccin ni le traitement ne sont encore disponibles. Dans un pays aussi vaste que la RDC, où les déplacements sont quotidiens entre les provinces, chaque jour compte pour éviter que cette nouvelle flambée ne devienne beaucoup plus difficile à maîtriser.













