Fonds alloués à Ebola en RDC : accusé trop vite, le gouvernement serait-il finalement étranger aux 700 millions de dollars introuvables ?

Fonds alloués à Ebola en RDC : accusé trop vite, le gouvernement serait-il finalement étranger aux 700 millions de dollars introuvables ?

Près de 963 millions de dollars ont été annoncés pour financer la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo. Mais sur cette somme, un peu plus de 200 millions ont été retracés jusqu’ici, alors que plus de 700 millions de dollars sont encore sans justification. Après les premières accusations visant les autorités congolaises, les explications du directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, ont apporté une précision importante : cet argent n’a pas été versé au gouvernement congolais, mais directement aux agences des Nations unies et aux ONG chargées des activités sur le terrain.

Par Charles Muhindo

Cette précision change la perspective du dossier. Si les fonds n’ont pas transité par les caisses de l’État congolais, sur quelle base peut-on accuser Kinshasa de les avoir détournés ? À ce stade, les éléments évoqués ne permettent pas d’affirmer que le gouvernement congolais a reçu ou détourné ces sommes. Les organisations bénéficiaires doivent, en premier lieu, expliquer l’utilisation des fonds qu’elles ont perçus.

Le gouvernement est-il pour autant dégagé de toute responsabilité ? Pas nécessairement. Même si les bailleurs ont choisi de financer directement les ONG et les agences internationales, les autorités congolaises restent concernées par la coordination de la riposte sanitaire dans le pays. Elles peuvent demander des comptes sur les activités réalisées et vérifier si les financements annoncés ont effectivement contribué à la lutte contre l’épidémie. Encore faut-il déterminer quels mécanismes de contrôle étaient à leur disposition et quelles vérifications elles ont réellement effectuées.

Le choix des bailleurs de passer directement par les organisations internationales peut notamment répondre à une volonté de mieux encadrer la gestion des fonds. Cette approche ne garantit toutefois pas, à elle seule, une utilisation transparente de l’argent. Les ONG et les agences bénéficiaires doivent également justifier leurs dépenses. Elles doivent préciser les montants reçus, les sommes dépensées, les activités financées et les éventuels soldes disponibles. La volonté de contourner les circuits gouvernementaux ne saurait les dispenser de leur obligation de rendre compte.

De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il est prématuré de conclure que les quelque 700 millions de dollars sont introuvables ou ont été détournés. Selon les explications rapportées par RFI ce mardi 20 octobre, l’organisation appelle à attendre les rapports d’utilisation des fonds avant de tirer des conclusions. Cette position invite à distinguer les sommes dont l’utilisation n’a pas encore été documentée de celles qui auraient effectivement fait l’objet d’un détournement.

Cette prudence ne dissipe cependant pas toutes les interrogations. Pourquoi une somme aussi importante n’est-elle pas encore clairement retracée ? Quels montants ont été effectivement dépensés ? Quelles activités ont été financées et quand les organisations bénéficiaires présenteront-elles leurs justificatifs ? Autant de questions auxquelles les partenaires chargés de la mise en œuvre de la riposte devront répondre.

Pour l’heure, les informations disponibles ne permettent donc pas d’établir que le gouvernement congolais est responsable d’un éventuel détournement de ces fonds, puisqu’il ne les aurait pas directement reçus. Cette absence de transfert direct ne suffit toutefois pas à exonérer automatiquement les autorités de toute responsabilité dans le suivi de la riposte. Il reste à déterminer si elles disposaient de mécanismes de contrôle, si elles les ont utilisés et dans quelle mesure elles pouvaient superviser les dépenses engagées par les partenaires internationaux.

Si aucun mécanisme de contrôle ne leur permettait d’intervenir dans la gestion de ces financements, leur responsabilité dans les éventuelles irrégularités financières devrait être appréciée à la lumière de cette limitation. En revanche, les organisations bénéficiaires doivent expliquer l’utilisation des sommes qui leur ont été confiées.

Dans ce dossier, accuser Kinshasa sans preuve serait aller trop vite. Mais les partenaires internationaux ne pourront pas non plus se contenter d’appeler à la patience. Ils devront rendre des comptes et démontrer comment les fonds destinés à lutter contre Ebola ont été utilisés.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.