Par Patient MBY
La situation humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, continue de se dégrader. Lors de sa participation, ce vendredi 12 décembre, au Conseil de sécurité de l’ONU, le président international de l’ONG Médecins sans frontières (MSF), Mohamed Javid Abdelmoneim, a évoqué la détérioration fulgurante des conditions de vie dans cette partie du pays.
Le MSF note qu’à l’hôpital de Rutshuru, plus de 80 % des victimes des tirs ont été enregistrées ainsi que 60 % de cas de traumatismes entre juillet et août, alors qu’en Ituri, plus de 1 500 cas de traumatismes ont été traités en une année. L’organisation, qui a amorcé son retrait dans plusieurs zones de la RDC et la réduction de son personnel suite aux défis sécuritaires et logistiques, a dénoncé la mort de trois de ses membres en l’espace d’un an, des attaques répétées contre ses installations, sa logistique et ses malades, notamment des ambulances interrompues, des actes de pillage et la destruction systématique de son centre de Kazinga, à Masisi, par une faction des Wazalendo.
Parallèlement, le MSF rapporte de nombreux massacres, notamment des exécutions de femmes et d’enfants par les rebelles de l’AFC-M23, selon les témoignages de ses patients. Un bilan humanitaire lourd qui met en lumière l’ampleur des violences dans la partie Est, marquée par des conflits armés.
Une situation sécuritaire précaire malgré la signature de l’accord
Au plan sécuritaire, Mohamed Javid Abdelmoneim décrit une situation statique malgré la signature de l’accord de paix de Washington le 4 décembre dernier, l’accord-cadre entre l’AFC-M23 et le gouvernement congolais à Doha. Selon lui, ces démarches diplomatiques de sortie de crise profitent davantage aux politiques qu’à la population.
« Malgré l’apparence d’un élan politique ces derniers mois et malgré la signature des accords de paix, les équipes de MSF continuent de constater des niveaux effarants de violences, de déplacements et de privations dans le Kivu et en Ituri. La crise ne s’améliore pas, les systèmes sanitaires s’effondrent, les violences sexuelles sont généralisées, l’accès humanitaire et le financement diminuent. À peine l’encre avait séché sur l’accord signé à Washington que le M23 avait déjà lancé une offensive massive contre Uvira, provoquant le déplacement de 200 000 personnes. 40 000 se sont rendues au Burundi, preuve s’il en est que la promesse de paix cache un panorama bien sombre, tandis que les efforts de violence continuent. Il est de plus en plus évident que les efforts de paix en cours servent à consolider les intérêts d’extraction d’acteurs puissants plutôt que de soulager la population de la RDC. Rien de cela n’est nouveau », a déclaré Mohamed Javid Abdelmoneim.
Et de poursuivre : « La violence à laquelle font face les communautés trouve sa source dans des décennies de prédation pour les ressources et de négligence structurelle. C’est ça la tragédie des générations et des générations de Congolais et de Congolaises. Leur vie et leur dignité sont sacrifiées sur l’autel de la politique et du profit. Tant que les civils seront traités de la sorte, aucun processus politique ne conduira à un véritable soulagement. Malgré les engagements au plus haut niveau pris à Washington et à Doha, la violence contre les civils reste quotidienne. Les forces étatiques et les groupes armés non étatiques, y compris M23, FDLR, ADF, certains éléments des FARDC et leurs alliés Wazalendo, ont continué de menacer les civils et d’empêcher l’accès aux soins. Tous ont été impliqués dans de graves violations du droit international humanitaire : exécutions arbitraires, violences sexuelles, pillages, entraves à l’aide humanitaire. »
Le MSF dénonce la persistance des violences sexuelles devenues « un lourd tribut pour les communautés » depuis des décennies, atteignant des proportions « inimaginables ». Pendant ces six derniers mois, Médecins sans frontières a recensé 28 000 rescapés, soit 155 personnes chaque jour, fuyant des attaques aux champs, sur des routes, aux points d’eau et même dans des foyers.
Avec la chute de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, MSF, qui a déjà annoncé son désengagement dans la ville de Baraka à Fizi, a indiqué que les affrontements ont provoqué 200 000 déplacements des populations, dont 40 000 vers le Burundi voisin. Un bilan confirmé par le gouvernement congolais et le HCR, dans un contexte de poursuite des hostilités dans cette partie du pays.













