Phénomène Mobondo : le « flou artistique » d’un État en quête d’autorité

Le Grand Bandundu et les plateaux de Kinshasa sont en proie au phénomène Mobondo, depuis plus de trois ans, qui n’est plus seulement une conflit de villageois. C’est devenu le symbole d’un État qui a du mal à imposer son autorité. Entre les redditions de miliciens et les accusations politiques, on nage dans un « flou artistique » total.

Gédéon ATIBU

Lorsque des figures comme Jean-Pierre Bemba ou Peter Kazadi accusent l’ancien président Joseph Kabila sans apporter de preuves matérielles, cela pose un problème. Quand les politiciens ramènent une question sécuritaire à ce prisme, cela sous-entend que l’État ne sait plus dissocier la menace terroriste de la lutte politicienne, privilégiant le bouc émissaire à l’efficacité des services de renseignements. Si un réseau d’une telle envergure a pu se construire et d’élargir jusqu’à menacer la commune de Maluku, c’est que les services attitrés ont failli à leur mission d’anticipation. Accuser des gens sans les arrêter, c’est avouer que l’État est incapable de protéger ses citoyens.

L’arbitrage du chef de l’État a semblé marquer le pas en 2024. Si le président a dû s’impliquer personnellement, c’est parce qu’il savait que le problème relevait de la question de la déliquescence de l’administration foncière et de la rupture du contrat social entre l’État et les autorités coutumières.

Le conflit entre les chefs de terres Teke et les agriculteurs Yaka sur la redevance coutumière a révélé l’obsolescence de nos systèmes ruraux. L’arbitrage a échoué car il s’est heurté à une crise identitaire profonde où la terre est devenue l’unique ligne de défense contre l’exclusion. Ce « choc de légitimités » ne se règle pas par un décret, mais par une présence physique et permanente de la justice sur le terrain

Peut-on vraiment « réguler » un conflit ?

Le ministre Éliezer Ntambwe dit qu’on ne « finit » pas un conflit, mais qu’on le « régule ». En sociologie des conflits, un État doit ramener la paix, pas juste gérer la violence. Dire qu’on « régule », c’est comme dire qu’on accepte qu’il y ait toujours un peu de morts et de déplacés. On ne régule pas des gens qui utilisent des armes de guerre contre d’autres Congolais ; on doit les désarmer pour de bon.

La menace à 10% : Une victoire fragile ?

C’est ici que réside le « flou artistique ». Si le leader « Sadam » est sorti de brousse, la structure souterraine qui a fourni les fusils et les munitions reste dans l’ombre. Une menace n’est pas finie ou affaiblie à 90% tant qu’on ignore les racines financières et tant que les complices politiques à Kinshasa ne sont pas démasqués et jugés.

Si ce conflit est effectivement instrumentalisé par des politiciens à Kinshasa, comme l’a dénoncé l’armée, la suite logique est inquiétante. La « justice transitionnelle » évoquée ne doit pas être une excuse pour laisser les commanditaires s’en sortir. La suite se jouera sur deux fronts : soit l’État parvient à transformer ces 500 redditions en une réinsertion réussie via le service national, soit le phénomène Mobondo restera une « poudrière à télécommande » , que certains acteurs pourraient réactiver à l’approche de chaque échéance politique majeure.

Pour finir avec les Mobondo, il ne faut pas seulement des discours, il faut que l’État reprenne sa place dans chaque village du Grand Bandundu.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.