RDC : après Bujumbura, le dialogue s’éloigne de plus en plus et la confrontation entre opposants et pouvoir devient inévitable

Par Gédéon ATIBU

La médiation engagée ces derniers jours à Bujumbura avait fait naître un certain espoir. Beaucoup pensaient que cette initiative du président burundais pouvait déboucher sur des discussions entre le pouvoir et l’opposition en République démocratique du Congo. Le report de la marche de la coalition Article 64, initialement prévue le 8 juillet et renvoyée au 22 juillet, semblait d’ailleurs aller dans le même sens. Quelques jours plus tard, pourtant, les déclarations des différents acteurs montrent que les lignes n’ont presque pas bougé. Au lieu de rapprocher les 2 camps, cette médiation semble avoir simplement ajourné une crise politique pourtant bien réelle.

En effet, après leur retour de Bujumbura, les leaders de la coalition Article 64 ont prévenu qu’ils restaient ouverts à un dialogue pour la paix en RDC. Mais, ils ont aussitôt fixé une condition qu’ils considèrent même comme une ligne rouge : Félix Tshisekedi doit d’abord renoncer à son projet de changement de la Constitution avant toute discussion avec lui ou son camp. Selon eux, il serait inutile de dialoguer si cette question, qu’ils considèrent comme la principale source de la crise politique actuelle, reste sur la table. L’opposition estime qu’un dialogue n’aurait de sens que si cet équivoque est d’abord levé.

C’est justement là que le blocage apparaît. Depuis plusieurs mois, le pouvoir présente le dialogue comme un cadre où toutes les grandes questions nationales pourront être discutées, y compris celle de la Constitution. Si Félix Tshisekedi acceptait de retirer cette question avant même le début des discussions, il pourrait estimer qu’il renonce à l’un des principaux objectifs du dialogue qui est censé avoir lieu. Dans ce cas, le pouvoir pourrait ne plus voir l’intérêt d’organiser un dialogue dont le sujet qu’il juge essentiel serait déjà écarté.

Les 2 camps donnent ainsi le sentiment de placer leurs lignes rouges avant même l’ouverture possible des discussions. L’opposition exige une concession inacceptable pour le pouvoir avant de dialoguer. De son côté, le pouvoir pourrait difficilement accepter cette exigence sans avoir obtenu en retour ce qu’il souhaite discuter. Plus chacun reste accroché à sa position, plus le dialogue devient hypothétique, voire impossible. Donc, ici, ce sont désormais les conditions posées de part et d’autre avant même que les négociations ne commencent qui compliquent la situation.

Le report de la marche au 22 juillet a permis d’éviter la confrontation ce jour-là, mais il n’a pas réglé le problème de fond. Les malentendu et désaccords restent les mêmes et la méfiance demeure entière entre les 2 camps. Si les positions ne changent pas dans les prochains jours, le climat politique pourrait dégénérer en une situation inédite. Chaque camp se radicalise et aucun ne veut céder face à la pression de l’autre.

Mais, cette situation inquiète parce que la RDC traverse déjà une période très difficile sur le plan sécuritaire. La guerre continue dans l’est du pays, les défis économiques sont nombreux et la population attend des réponses à leurs problèmes. Dans un tel contexte, une nouvelle crise politique pourrait rendre la situation encore plus intenable. Le pays a davantage besoin d’un climat de confiance que d’un affrontement évitable entre les acteurs politiques.

Le plus grand risque est celui de la radicalisation. Lorsque chaque camp est convaincu qu’il ne peut plus faire le moindre pas vers l’autre, le dialogue perd progressivement toute sa raison d’être. À ce moment-là, la confrontation commence à apparaître comme la seule issue possible, non pas parce qu’elle est souhaitée, mais parce que chacun estime que l’autre doit céder le premier. C’est souvent ainsi que les crises politiques deviennent plus difficiles à maîtriser.

Après la médiation de Bujumbura, beaucoup espéraient voir naître un nouvel espoir. Les échanges ont bien eu lieu, mais les positions n’ont pratiquement pas évolué. Le report de la marche a offert un peu de temps, mais ce temps ne produira des résultats que si le pouvoir et l’opposition acceptent de faire chacun un pas vers l’autre.

La RDC entre donc dans une période décisive. Si les 2 camps restent enfermés et se radicalisent davantage, le dialogue inclusif risque de s’éloigner davantage. Et si cette porte finit par se fermer, le pays pourrait progressivement glisser vers un affront politique dont les conséquences seraient difficiles à maîtriser dans un contexte déjà marqué par la guerre. D’où la nécessité d’éviter à toit prix que le pays ne s’embrase à cause d’intérêts personnels.

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