RDC : de Kabila à Tshisekedi, Bahati et l’art de la rébellion avant la fin constitutionnelle des régimes

Dans l’histoire politique récente de la République démocratique du Congo, peu d’acteurs incarnent autant la capacité d’anticipation et de repositionnement que Modeste Bahati Lukwebo. De l’ère de Joseph Kabila à celle de Félix Tshisekedi, en passant par Mobutu, le leader de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC) a souvent su prendre ses distances avec le pouvoir en place au moment où celui-ci entrait dans une phase d’incertitude politique. Une stratégie que certains qualifient de pragmatisme, d’autres d’« art de la rébellion calculée ».

Par REPORTER.CD

Dans les années 1990, pendant la transition politique sous Mobutu, Bahati Lukwebo commence à apparaître dans la vie publique.

Un allié fidèle de Kabila

Devenu frondeur
pendant plusieurs années, Modeste Bahati Lukwebo a été un acteur central de la majorité présidentielle sous Joseph Kabila. Économiste de formation, il a occupé plusieurs fonctions gouvernementales, notamment celle de ministre de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale.
Son parti, l’AFDC, faisait partie du Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme politique pilotée par Joseph Kabila pour conserver une forte influence sur la scène politique congolaise.

Mais en 2019, alors que le système politique issu des élections de 2018 entre dans une période de tensions internes, Bahati se rebelle contre la discipline de la coalition. Refusant de retirer sa candidature à la présidence du Sénat au profit du candidat officiel du FCC, il provoque une rupture avec le camp kabiliste et se retrouve exclu de la coalition. Ce premier acte de dissidence marque le début d’un repositionnement politique majeur.

Le tournant Tshisekedi

Après sa rupture avec le FCC, Bahati se rapproche progressivement du camp présidentiel. Lorsque la coalition entre Kabila et Tshisekedi implose fin 2020, il devient l’un des acteurs clés du basculement politique qui donnera naissance à l’Union sacrée de la Nation.

Le chef de l’État, Félix Tshisekedi, lui confie même la mission stratégique d’« informateur », chargée d’identifier une nouvelle majorité parlementaire après l’effondrement de l’ancienne coalition.
Cette mission marque une consécration politique pour Bahati, qui sera ensuite élu président du Sénat en mars 2021.

Une constante : se démarquer avant la fin d’un cycle.

L’observation de la trajectoire politique de Bahati révèle un schéma récurrent : il prend ses distances avec un système politique lorsque celui-ci entre dans une phase de transition ou d’affaiblissement.
Sous Kabila, sa fronde intervient à la veille de la recomposition du pouvoir après les élections de 2018.
Sous Tshisekedi, ses prises de position récentes sur le respect de la Constitution et les limites du mandat présidentiel interviennent alors que s’ouvrent déjà les débats politiques autour de l’avenir institutionnel du pays.

Pour ses partisans, cette attitude relève d’une lecture lucide des cycles politiques congolais. Pour ses détracteurs, il s’agit plutôt d’une stratégie de survie politique.

Selon plusieurs conseillers, proches du président Félix Tshisekedi, l’actuelle position de Bahati Lukwebo au sujet du débat sur le changement et ou révision de la constitution, traduit avant tout une profonde frustration politique, liée à l’écart grandissant entre ce qu’il estime avoir comme poids politique et la reconnaissance qui va avec lors de partage des postes de responsabilité.

Malgré des démarches répétées auprès de l’entourage proche du chef de l’État, ses revendications sont restées sans suite, nous confirme une source dans l’entourage du deuxième vice président du Sénat.
Alors qu’il espérait avoir le poste du Président de l’Assemblée nationale lui a été refusé mais aussi un poste de Vice-Premier ministre, tout ceci ne lui a pas été accordait.

Toujours d’après l’entourage de Bahati, les nominations des mandataires publics n’ont pas répondu à ses attentes.

Face à cette situation confuse mais aussi entre calcul politique et positionnement républicain Bahati Lukwebo se présente volontiers comme un acteur attaché au respect des institutions et à la stabilité nationale. Dans ses interventions publiques, il appelle régulièrement les acteurs politiques à privilégier l’unité et la cohésion nationale.

Mais dans un paysage politique congolais marqué par des alliances mouvantes, son parcours illustre surtout la capacité de certains leaders à anticiper les recompositions du pouvoir.

Vers un nouveau repositionnement de Bahati alias Maradona ?

Dans le milieu politique en RDC, on le [Bahati Ndlr] compare à Maradona.
Parce que, comme Maradona sur le terrain, Bahati est considéré comme un politicien très habile, capable de changer rapidement d’alliances et de retourner des situations politiques compliquées. Il a souvent réussi à rester influent dans plusieurs régimes, en négociant et en se repositionnant au bon moment. Il sait dribbler ses adversaires politiques, survivre aux crises et revenir au centre du jeu politique.


C’est cette capacité à rester dans le jeu politique malgré les changements de pouvoir qui lui vaut ce surnom de “Maradona de la politique congolaise”.

Aujourd’hui, alors que le mandat constitutionnel de Félix Tshisekedi court jusqu’en 2028 et que les débats sur l’avenir institutionnel du pays commencent à émerger, les prises de position de Bahati sont scrutées avec attention.


L’histoire récente montre que, dans la politique congolaise, les signaux de dissidence précèdent souvent les grandes recompositions du pouvoir. Et s’il est un acteur qui semble maîtriser cet art du timing politique, c’est bien Modeste Bahati Lukwebo.

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