RDC : Grâce Bilolo visé par la Cour des comptes pour une « gestion de fait » de 9,5 millions USD au Kongo Central

RDC : Grâce Bilolo visé par la Cour des comptes pour une « gestion de fait » de 9,5 millions USD au Kongo Central

Par Emmanuel Medina

Les projecteurs de la justice financière se tournent vers la province du Kongo Central. La Cour des comptes s’est penchée, ce vendredi 18 septembre 2026, sur un dossier mettant en cause Grâce Bilolo, gouverneur de province au moment des faits, ainsi que deux hauts responsables provinciaux, Luyeye Ndokolo et Ndungi Butsede. Le ministère public leur reproche d’avoir effectué des opérations financières portant sur plus de 9,5 millions de dollars américains sans l’intervention préalable indispensable du comptable public principal.

Selon les conclusions écrites du procureur général près la Cour des comptes, l’affaire repose sur des décaissements massifs liés à deux contrats publics distincts conclus par le Kongo Central comme le dossier de l’achat d’engins de travaux publics : confié à la société Manews SARL pour un montant contractuel initial de 6 474 381 de dollars américains, ce marché a fait l’objet d’un décaissement effectif de 4 042 553,19 de dollars américains. Le parquet note qu’un virement de ce montant précis a été signé le 12 mai 2025 auprès de la BGFIBank par le ministre provincial des Finances et l’ordonnateur délégué provincial, contournant le visa du comptable public puis le dossier de la construction du siège de l’Assemblée provinciale : attribué à l’entreprise Savoir Construire Color SARL pour une valeur globale de 6 577 940,85 de dollars américains, ce marché a enregistré des décaissements de 5 517 595,41 de dollars. L’enquête révèle que le gouverneur aurait directement instruit une banque de transférer 3 millions de dollars américains à la société et 2 millions à la division provinciale des ITPR avec ordre de les reverser à l’entrepreneur, une opération finalisée à hauteur de 1 994 000 de dollars américains avant même l’évolution réelle des travaux.

Au total, la somme des décaissements non réglementaires recensés par le parquet s’élève à plus de 9,56 millions de dollars.

Pour asseoir ses poursuites, le ministère public s’appuie rigoureusement sur l’article 7, point 11, de la loi organique n°18/024 du 13 novembre 2018 régissant la Cour des comptes. Ce texte réprime sévèrement l’immixtion de toute personne sans qualité ni mandat légal dans la gestion des deniers publics.

L’analyse du parquet retient les trois conditions cumulatives qualifiant la gestion de fait : le maniement effectif de fonds, valeurs ou biens ; le caractère strictement public des capitaux mobilisés ; et l’absence totale d’habilitation ou de qualité requise pour ce faire.

En conclusion de son examen, le procureur général près la Cour des comptes a formellement requis la chambre des comptes déconcentrée de Kinshasa de se déclarer compétente pour juger cette affaire.

Il demande en outre que Grâce Bilolo et ses deux co-accusés soient officiellement déclarés comptables de fait. À ce titre, les trois responsables provinciaux visés devront être enjoints par la justice de produire un compte unique des fonds publics manipulés, obligatoirement assorti de l’intégralité des pièces justificatives.

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