Au cours d’une émission sur Top Congo ce vendredi 10 avril 2026, le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a détaillé les réformes en cours dans le secteur judiciaire, tout en revenant sur la gestion du fonds FRIVAO et les défis structurels auxquels fait face la justice congolaise.
Par Pierre Kabakila
Le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a présenté ce vendredi sur les ondes de Top Congo les principales avancées et orientations des réformes engagées dans le secteur judiciaire, à l’issue de sa mission effectuée à Kisangani. Il a insisté sur la volonté du gouvernement de restaurer la confiance des citoyens, de mieux protéger les victimes et de renforcer l’accès à une justice crédible et efficace.
Abordant la question du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO), le ministre a annoncé la suspension temporaire du processus d’indemnisation individuelle. Cette décision vise, selon lui, à garantir davantage de transparence dans la gestion des fonds. Sur les 194 millions de dollars déjà versés, 28 millions auraient été effectivement décaissés, tandis que des irrégularités auraient été constatées dans certaines listes de bénéficiaires, nécessitant un assainissement du fichier. Le ministre a assuré que les paiements reprendront une fois l’audit achevé, rappelant que les ressources concernées relèvent du patrimoine public et doivent être gérées avec rigueur.
Dans le même dossier, Guillaume Ngefa a souligné que les réparations collectives doivent prioritairement répondre aux besoins des communautés touchées. Il a cité notamment la réhabilitation du collège Maele à Kisangani, financée à hauteur de 2,5 millions de dollars dans le cadre d’un programme global de rénovation d’infrastructures.
Évoquant l’état général du système judiciaire, le ministre a dressé un constat marqué par plusieurs défis, notamment le manque de moyens, la lenteur des procédures, la corruption et certaines décisions judiciaires contestées. Avec un budget global estimé à 50 millions de dollars, dont une large part consacrée au fonctionnement, il a estimé nécessaire d’intensifier les efforts pour améliorer la performance du secteur.
Parmi les priorités annoncées figurent la lutte contre le « désert judiciaire » dans les zones reculées, la construction de cinq nouveaux tribunaux de paix d’ici juillet, la modernisation des établissements pénitentiaires ainsi que la réduction de la surpopulation carcérale.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de renforcer la collaboration avec le Conseil supérieur de la magistrature, malgré certaines divergences institutionnelles.
Sur le plan sécuritaire et judiciaire, Guillaume Ngefa a réaffirmé la détermination des autorités à poursuivre les auteurs de crimes commis dans l’Est du pays, y compris les ressortissants étrangers impliqués. Il a par ailleurs évoqué les récentes initiatives législatives, notamment la création d’un tribunal économique et financier ainsi que l’élaboration d’une loi anticorruption visant à consolider l’État de droit.
Concernant les conditions de détention, le ministre a plaidé pour une amélioration significative du système carcéral, dont plusieurs infrastructures datent de l’époque coloniale, estimant que la dignité humaine doit être respectée même en milieu pénitentiaire.
Abordant la question de la liberté de la presse, il a rappelé qu’elle demeure garantie en RDC, tout en soulignant qu’elle doit s’exercer dans le respect des lois en vigueur. Il a mis en garde contre les dérives sur les réseaux sociaux, appelant à la responsabilisation des créateurs de contenus et annonçant des poursuites en cas d’abus tels que la diffamation ou les injures publiques.
Enfin, le ministre a reconnu les perceptions négatives entourant le fonctionnement de la justice congolaise, tout en appelant à une réforme progressive et durable. Il a insisté sur la nécessité d’un travail de fond, mené avec constance et sans précipitation, pour améliorer l’image et l’efficacité du système judiciaire.
Guillaume Ngefa a conclu en réaffirmant son engagement, en tant qu’ancien défenseur des droits humains, à défendre les plus vulnérables et à agir dans le respect de la ligne gouvernementale, dans l’objectif de bâtir une justice plus forte et plus crédible.
RDC : Guillaume Ngefa défend les réformes judiciaires et annonce un assainissement du processus d’indemnisation des victimes de l’Ouganda











