Malgré des indicateurs macroéconomiques globalement encourageants, la République démocratique du Congo fait face à une menace silencieuse mais profonde. Un rapport récent de la Banque mondiale met en lumière le poids alarmant de la dette des entreprises publiques, révélant des failles structurelles qui fragilisent durablement les finances de l’État.
Par Medina
Alors que la RDC affiche des performances macroéconomiques relativement solides, une ombre persistante plane sur ses finances publiques. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, publié en mars 2026, la dette des entreprises du portefeuille de l’État constitue un risque systémique majeur.
Le constat est sans appel : la Société Nationale d’Électricité (SNEL) est le principal moteur de cet endettement. À elle seule, elle concentre environ 75 % de la dette totale du portefeuille public.
Cette situation s’explique notamment par des pertes colossales. Entre 2014 et 2023, les entreprises publiques ont accumulé près de 5,3 milliards de dollars de pertes, soit l’équivalent du budget annuel du secteur de la santé. À cela s’ajoute une opacité persistante : en 2024, seule la moitié des vingt principales entreprises étatiques a publié ses états financiers.
Les conséquences sociales sont tout aussi préoccupantes. Dans certaines structures publiques, les arriérés de salaires dépassent désormais les 100 mois, traduisant une crise de gouvernance et de viabilité économique.
Pour l’institution de Bretton Woods, le contraste est frappant. Si la dette publique globale reste relativement maîtrisée — estimée à 22,5 % du PIB — la gestion déficiente et le manque de transparence des entreprises publiques constituent un frein majeur au développement inclusif.
Intitulé « Du parking à la voie rapide : Réformer les entreprises publiques », le rapport appelle à des réformes profondes. Sans restructuration sérieuse des grandes entreprises, notamment la SNEL, et sans diversification de l’économie, les marges de manœuvre budgétaires de l’État resteront fortement exposées aux chocs extérieurs.
Par ailleurs, l’actualité économique et judiciaire de la RDC reste particulièrement agitée en cette fin mars 2026. D’un côté, les services douaniers ont enregistré une avancée notable dans la lutte contre les flux financiers illicites, avec l’interception de 3,53 millions de dollars en espèces à l’aéroport international de N’Djili, le 22 mars dernier. Deux convoyeurs congolais sont actuellement interrogés, tandis que le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a ordonné l’ouverture d’une enquête afin d’identifier les commanditaires de cette tentative présumée de blanchiment.
De l’autre côté, le diagnostic posé par la Banque mondiale met en évidence une fragilité structurelle persistante : la dette des entreprises publiques atteint désormais 7,3 % du PIB, avec une concentration inquiétante autour de la SNEL, symbole d’une gouvernance défaillante.
C’est dans ce contexte de fortes tensions économiques que s’ouvrira, ce mercredi 1er avril 2026, la session ordinaire d’avril du Conseil Économique et Social (CES), où ces enjeux devraient occuper une place centrale dans les débats.













