La Force du progrès risque de devenir, au fil du temps, un vrai problème autour du pouvoir de Félix Tshisekedi. Présenté comme une composante de l’UDPS, le parti présidentiel, ce groupe qui dit défendre les intérêts du régime est aujourd’hui au centre des critiques après plusieurs actes de violence et de vandalisme qui lui sont attribués. Au lieu d’être seulement un simple soutien aux actions du chef de l’État, il risque de devenir une vraie épine pour le pouvoir en place.
Par Gédéon Antibu
Les événements du 12 juin sont venus rajouter de l’huile au feu. En effet, lors du sit-in organisé par l’opposition devant le Palais du peuple, des scènes filmées ce jour-là ont choqué l’opinion. Des sièges de partis politiques ont été attaqués et saccagés, des biens détruits et plusieurs personnes blessées. Les images de ces événements ont fait le tour des réseaux sociaux et de plusieurs médias même internationaux.
Un rapport de Human Rights Watch publié ce 9 juillet affirme que des membres de la Force du Progrès ont déclaré avoir été mobilisés et instruits pour perturber la manifestation de l’opposition. L’organisation indique avoir recueilli plusieurs témoignages et analysé des vidéos liées aux événements. Ces éléments ne font que confirmer les accusations de plusieurs analystes, même si celle-ci sont rejetées par l’UDPS.
A ce sujet, le parti au pouvoir affirme n’avoir jamais donné des instructions pour commettre des violences et soutient que certaines personnes utilisent le nom de la Force du Progrès sans être réellement mandatées par le parti. Mais cette réponse ne suffit pas à effacer le problème posé par cette affaire.
En politique, l’image d’un pouvoir ne dépend pas seulement des décisions prises dans les bureaux officiels. Elle dépend aussi des actes posés par ceux qui disent défendre ce pouvoir. Lorsqu’un groupe présenté comme proche du régime est accusé de violations des droits humains, les critiques se dirigent naturellement vers les dirigeants qui sont au pouvoir.
C’est là que se trouve le danger pour Félix Tshisekedi. Même si les responsabilités doivent encore être établies par la justice, les images et les témoignages diffusés peuvent laisser une trace difficile à effacer. Aujourd’hui, avec les téléphones et les réseaux sociaux, les événements sont enregistrés, partagés et conservés. Une affaire qui semble restreinte dans une zone peut donc se propager beaucoup plus loin avec le temps.
L’autre problème est celui du contrôle de ces groupes. Un mouvement qui se présente comme un défenseur du régime peut devenir difficile à gérer s’il agit en dehors des règles. Des militants qui pensent protéger un pouvoir peuvent finalement l’affaiblir à cause des agissements répréhensibles, en donnant une mauvaise image du pays et du pouvoir.
L’histoire politique de la RDC montre que les dirigeants sont souvent jugés à cause des actes des forces qui les entourent. Mobutu ou Kabila fils ont été critiqués pour des actes commis par des groupes proches de leur pouvoir. Même lorsqu’ils n’ont pas personnellement participé aux actes reprochés, la responsabilité finit souvent par leur être demandée.
Pour le pouvoir de Félix Tshisekedi, l’enjeu est donc important. Il ne s’agit pas seulement de répondre aux accusations liées aux événements du 12 juin, mais aussi de montrer que personne n’est au-dessus de la loi. Une réaction claire contre les actes de ce mouvement permettrait d’éviter que la Force du Progrès ne devienne un symbole négatif associé au régime.
Si aucune réponse convaincante n’est apportée, ce mouvement risque de ternir l’image du pouvoir. Au lieu de protéger réellement le régime, il pourrait au contraire contribuer à le précipiter vers l’abîme. C’est pourquoi la question de la Force du Progrès dépasse aujourd’hui la simple considération d’un groupe de militants : elle touche directement à l’image et à l’avenir politique du pouvoir Tshisekedi.
Dans cette hypothèse, les violences commises au nom du régime pourrait coller à la peau le chef de l’Etat. L’opinion pourrait considérer ainsi que Félix Tshisekedi en est le responsable. Alors que la pression de l’opposition s’accroît dans le pays, les agissements de ces militants risquent de précipiter vers la chute le régime en place si la communauté internationale venait à considérer qu’il n’est pas digne d’être accompagné.













