Par Emmanuel Medina
L’Intersyndicale du secteur de la santé de la République démocratique du Congo a annoncé le déclenchement d’une grève générale dans toutes les structures sanitaires publiques du pays, à compter du jeudi 15 octobre 2026 à 8 heures.
Cette décision majeure a été formellement transmise le 12 octobre 2026 par correspondance au vice-Premier ministre, ministre de la Fonction publique, ainsi qu’aux plus hautes autorités de l’État, dont le président de la République et la Première ministre. L’arrêt de travail intervient après l’expiration d’un ultimatum de 72 heures lancé le 18 septembre et d’un préavis de grève de sept jours déposé le 30 septembre 2026, restés tous deux sans réponse de la part du gouvernement. Les professionnels de la santé justifient ce débrayage par l’absence de réponses concrètes et de mesures effectives face à la précarisation de leurs conditions de vie et de carrière. Le banc syndical présente un cahier des charges comprenant onze revendications précises, dont certaines mettent en lumière des blocages administratifs historiques :
Le gel des promotions en grade : Pour la majorité des professionnels du secteur, la dernière promotion remonte à 2002, soit 24 ans de stagnation professionnelle figeant les carrières au point de départ.
Les promesses salariales non tenues : Les agents réclament l’application d’un réajustement barémique promis par l’exécutif depuis octobre 2023 il y a trois ans, la mécanisation au salaire de base et le paiement des arriérés de la prime de risque.
Les réformes administratives et statutaires : Les syndicats exigent la reprise des admissions sous statut suspendues depuis 2023, l’alignement à la prime de risque, la réaffectation des agents en instance, la création d’une fonction publique hospitalière et l’organisation de contrôles physiques.
La gestion des structures de santé : Les travailleurs demandent à être directement impliqués dans la mise en œuvre de la Couverture santé universelle (CSU) et des mécanismes du Fonds de promotion de la santé.
Cette paralysie programmée du système de soins survient alors que la RDC fait face à l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière de son histoire, qui a déjà franchi le cap des 4 000 décès pour plus de 8 400 cas confirmés. Le réseau sanitaire national subit déjà une pression extrême : deux tiers des décès liés au virus surviennent actuellement au sein des communautés, en dehors de toute structure médicale.
L’insuffisance des rémunérations alimente par ailleurs une fuite des cerveaux massive que les mesures internationales peinent à endiguer. Bien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe la RDC parmi les 55 pays où le recrutement international actif de soignants est officiellement déconseillé pour préserver le système local, les départs volontaires se multiplient. Les statistiques de juillet 2026 illustrent cette accélération, les demandes d’alignement pour l’exode étant passées de 200 à 800 en l’espace d’une semaine.
Des précédents récents, notamment à Rwampara près de Bunia, ont démontré que les retards de paiement des salaires des prestataires des Centres de traitement d’Ebola (CTE) avaient gravement perturbé la riposte, entraînant des saturations de centres et des ruptures logistiques.
Si le mot d’ordre de mobilisation est national, la correspondance de l’Intersyndicale laisse subsister d’importantes incertitudes techniques quant à l’exécution du mouvement sur le terrain :
Service minimum : Le document officiel ne précise pas si un service d’urgence ou un service minimum sera assuré pour les patients hospitalisés.
Périmètre de la riposte : Les syndicats n’indiquent pas si les structures spécifiquement dédiées à la riposte contre l’épidémie d’Ebola seront totalement ou partiellement épargnées par le débrayage.
Durée et effectifs : Ni la durée de l’arrêt de travail ni l’effectif exact des agents qui suivront le mouvement à travers les 26 provinces ne sont mentionnés.
Il sied de noter que, l’Intersyndicale conclut en avertissant le gouvernement qu’un règlement rapide et global de ce différend est le seul moyen indispensable pour préserver la paix sociale et rétablir le climat de confiance rompu entre l’État et les agents de santé.













