RDC : L’Ouganda profite-t-il de la guerre contre les ADF pour brader l’or, le cacao et le bois congolais ?

Depuis plusieurs mois, le débat sur le pillage des ressources naturelles de la RDC cite principalement le Rwanda. Avec la résurgence de l guerre du M23, Kinshasa accuse régulièrement Kigali de soutenir les rébellions dans l’Est afin de tirer profit des minerais congolais. Mais, le rôle de l’Ouganda est souvent relégué au second plan, alors que ce pays a, lui aussi, une longue histoire dans conflits avec la RDC et a, par le passé, été accusé d’avoir participé à l’exploitation illégale des richesses naturelles congolaises.

Par Charles Muhindo

Aujourd’hui’hui encore, plusieurs organisations de la société civile et des observateurs continuent d’alerter sur le trafic de l’or, de bois, de café, de cacao et d’autres produits qui quitteraient clandestinement le territoire congolais en direction de l’Ouganda.

Pourtant, depuis le 30 novembre 2021, Kampala est officiellement engagé aux côtés des FARDC dans l’opération militaire Shujaa, lancée pour combattre les rebelles ADF. Plus de 4 ans après le début de cette coopération, les massacres de civils et les attaques de ce groupe armé continuent d’être signalés dans plusieurs territoires de Beni, de l’Ituri et jusque même dans certaines parties de la Tshopo. Cette situation amène certains analystes à s’interroger sur les véritables retombées de cette présence militaire ougandaise dans l’Est de la RDC. Pour eux, aussi longtemps que la menace des ADF sera là, rien ne justifiera le retrait des troupes ougandaises.

Comme on le sait, en plus de cette coopération sécuritaire, l’est de la RDC représente un marché économique majeur pour Kampala. Les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et une partie de la Tshopo constituent un vaste marché pour les produits manufacturés ougandais, qui y sont écoulés en grande quantité. Cette partie du pays est également un important couloir commercial qui relie l’Ouganda aux ressources minières, forestières et agricoles congolaises. Pour plusieurs observateurs, c’est peut-être cela qui explique pourquoi Kampala tient à maintenir sa présence dans cette partie du pays, où il cache ses intérêts économiques se cachent derrière une opération militaire contre les ADF.

C’est dans ce contexte que le professeur Bob Kabamba Kazadi estime que le regard porté sur la crise dans l’est de la RDC ne devrait pas se limiter au seul rôle du Rwanda. Répondant vendredi dernier aux questions du journaliste Stanis Bujakera, le Professeur a soutenu que l’Ouganda continue lui aussi de tirer un grand bénéfice des ressources congolaises, mais de manière beaucoup plus discrète.

«LOuganda pille davantage le Congo que le Rwanda : devenu premier exportateur d’or d’Afrique avec plus de 4,5 milliards de dollars par an alors qu’il ne dispose pratiquement d’aucune mine, le pays exporterait également sous pavillon ougandais du café, du cacao et du bois en réalité originaires de RDC», a expliqué l’analyste.

Les alertes sur le trafic frauduleux des ressources naturelles congolaises vers l’Ouganda ne datent d’ailleurs pas d’aujourd’hui. Des organisations de la société civile, des experts des Nations unies et plusieurs sources indépendantes ont, à différentes reprises, évoqué une contrebande notamment concernant l’or venant de Ituri. Selon ces dénonciations, cette exploitation profite de l’insécurité dans cette région où l’autorité de l’Etat n’est pas effective.

Le remplacement du gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya, a par exemple aussi fait débat dans l’opinion. Des observateurs ont soutenu que cela a été le résultat de la pression que Kampala exerce sur Kinshasa même si aucune preuve factuelle ne peut être brandie à ce sujet.

Pour Bob Kabamba, la RDC ne pourra inverser cette tendance qu’en appliquant strictement son Code minier et en imposant la transformation locale de ses ressources avant leur exportation. Pour lui, tant que les richesses congolaises continueront de quitter le pays sans valeur ajoutée pour l’économie nationale et que l’insécurité perdurera dans l’est, les questions sur les intérêts économiques des États voisins continueront d’être posées.

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