Les débats sur les réformes constitutionnelles ont été relancés en RDC alors qu’il y a un peu plus d’un an, la question avait presque été rejetée aux calendes grecques suite à la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est du pays.
Par Gédéon ATIBU
En 2024, contre toute attente, Félix Tshisekedi ainsi que ses partisans se sont lancés dans une campagne d’envergure en faveur d’une nouvelle constitution, celle en vigueur ayant véhément été critiquée et présentée comme un produit de l’étranger et comme l’un de principaux freins au développement du pays.
Comme l’estiment nombre d’analystes, la RDC aurait déjà basculé dans une nouvelle République, car, fin 2024, le chef de l’Etat avait annoncé, tambour battant, qu’une commission chargée d’examiner un nouveau projet constitutionnel, tablerait sur la question dès janvier 2025. Sauf que c’est précisément à la même période que la ville de Goma est tombée aux mains du M23, suivie de celle de Bukavu en février 2025, puis de plusieurs autres agglomérations du Nord-Kivu et Sud-Kivu.
A ce stade de la situation, il était trop risqué, voire inapproprié de continuer à maintenir un discours pro-changement constitutionnel qui, d’ailleurs, ne faisait pas d’unanimité, sans s’attendre à d’imprévisibles conséquences comme celles de légitimation du conflit.
Le déclic Lukwebo
Mais il a fallu que Bahati Lukwebo aborde de nouveau le sujet pour réveiller tous les vieux démons. Car, depuis la sortie médiatique de l’ex-président du Sénat, les Tshisekedistes ont ressaisi la balle au bond, ramenant le sujet dans l’actualité politique.
Depuis, les Romains s’empoignent de nouveau et la question fait encore couler encre et salive. Tous ceux qui émettent des avis en faveur de l’intangibilité de la loi fondamentale sont traités comme des parias politiques, indignes d’être appelés Congolais. Il est légitime de se demander aujourd’hui qui mérite la vindicte populaire entre celui qui appelle au changement de la constitution et celui qui essaie de protéger l’ordre institutionnel établi.
Par exemple, depuis sa prise de position sur le sujet, le leader de l’AFDC/A a été poussé à la porte du bureau de la Chambre haute du Parlement et a même été renié par son propre camp politique, comme si plaider pour le maintien de la constitution en vigueur était désormais devenu un crime d’État.
Pourtant, il y a moins d’une décennie, les tenants actuels du pouvoir étaient les fervents défenseurs du même texte face aux tentatives de Joseph Kabila de s’accrocher au pouvoir. Sept ans après, c’est tout le contraire. Ceux qui défendaient la constitution en sont devenus les principaux pourfendeurs.
Quels espoirs pour l’UDPS d’arriver à ses fins?
A écouter les sociétaires de l’Union sacrée, particulièrement ceux issus du parti au pouvoir, rien ne leur barrera la route pour doter le pays d’une nouvelle constitution. Fin 2024, Félix Tshisekedi tranchait : « Qui va m’interdire, moi, garant des institutions, de changer la constitution »? Puis, à son tour, répondant aux propos de Bahati Lukwebo, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS a prévenu : « Ne vous inquiétez pas, nous allons toucher à cette constitution », a-t-il lancé devant des militants du parti.
Le régime semble rassuré et confiant de sorte qu’il se pourrait que rien ni personne ne pourrait le dissuader. Comme peuvent le penser des observateurs, l’Union sacrée compte probablement sur son encrage sur le territoire national et sur l’incapacité des opposants à mobiliser sur le terrain.
En effet, hormis quelques leaders de l’opposition, les adversaires de Félix Tshisekedi passent inaperçus dans l’opinion publique, hormis quelques critiques des réseaux sociaux. Par contre, la majeure composante des partis politiques sont désormais affiliés à la coalition au pouvoir. Il n’est ainsi donc pas évident qu’en cas d’appel à manifester pour protester contre le changement de la constitution, les rues soient désertes.
Contrairement à Joseph Kabila, Félix Tshisekedi ne fait face à aucune pression de ses adversaires politiques dont la plupart ont d’ailleurs déjà quitté le pays. Le pouvoir en place le sait pertinent. Conscient de cette réalité et fort de son omniprésence dans les Chambres des Parlements, il pense exploiter l’opportunité et en tirer des dividendes politiques. Le fait est que cela n’est pas totalement faux. Ces jours, il semble clair que l’opposition n’est pas en mesure de mener un véritable contrepoids face à l’Union sacrée. Peut-être est-ce la raison pour laquelle l’UDPS se montre rassurée et intrépide.
Mais, le pari n’est pas gagné. Il y a lieu de connaître un retournement de situation compte tenu du climat sécuritaire dans l’Est. Car, si les opposants politiques ne peuvent rien face au régime, le M23 le peut. Déjà, ce dernier contrôle des pans entiers du territoire national et Kinshasa peine à y réimposer son autorité.
Ainsi, si jamais le pouvoir en place s’entêtait à changer la constitution pour s’éterniser au pouvoir, des adversaires politiques de Félix Tshisekedi risquent de se liguer avec la rébellion pour mener une guerre généralisée contre le pays et contraindre le chef de l’Etat à lâcher-prise grâce à un coup de pression militaire. Il est donc prématuré, pour l’UDPS, de se saisir déjà de la queue de l’ours avant de l’avoir abattu.













