Le chiffre ne peut être banalisé. En République démocratique du Congo, 23 millions de personnes ne savent ni lire ni écrire, selon les données présentées par le gouvernement à l’occasion de la Journée mondiale de l’alphabétisation. Pour une population qui dépasse aujourd’hui les 100 millions d’habitants, ce nombre représente près d’un Congolais sur cinq. Il montre aussi que, malgré les efforts entrepris dans le secteur de l’éducation, une grande partie de la population manque encore de connaissances de base.
Par Charles Muhindo
Ces 23 millions ne sont pas seulement des enfants qui viennent de commencer leur parcours scolaire. Le chiffre concerne également des personnes qui ont largement dépassé l’âge de l’école primaire ou secondaire et qui sont aujourd’hui adultes sans maîtriser la lecture et l’écriture. Pour ces personnes, les difficultés se manifestent dans des actes simples de la vie quotidienne, comme lire et comprendre un document ou accéder à certaines informations.
Ce qui est évident, c’est que l’accès à l’école ne garantit pas à lui seul l’acquisition des connaissances de base. Un enfant peut être inscrit à l’école, mais interrompre son parcours quelques années plus tard pour des raisons économiques, familiales ou liées à la situation de sa région.
Dans plusieurs parties du pays, les conflits armés et les déplacements de populations empêchent notamment de nombreux enfants de poursuivre leur scolarité. À cela s’ajoutent les crises sanitaires et d’autres difficultés qui perturbent le fonctionnement du système éducatif, notamment dans l’Est du pays.
Dans ce contexte, la gratuité de l’enseignement primaire instaurée par le gouvernement constitue un atout. En supprimant officiellement les frais scolaires dans les écoles publiques, cette mesure donne à de nombreuses familles, notamment les plus modestes, la possibilité d’envoyer leurs enfants à l’école. Elle peut également contribuer à éviter que de nouvelles générations quittent le système scolaire sans avoir acquis les bases de la lecture et de l’écriture.
Mais la gratuité ne peut pas, à elle seule, régler le problème des 23 millions de personnes concernées. Une partie de ces Congolais a dépassé depuis longtemps l’âge de l’école. Ils ont besoin d’autres possibilités pour apprendre, notamment à travers des programmes d’alphabétisation, de rattrapage et de formation destinés aux adultes.
Il faut donc agir à deux niveaux : retenir les enfants dans le système scolaire et offrir une seconde chance à ceux qui n’ont pas eu cette possibilité durant leur enfance.
Le gouvernement annonce d’ailleurs le renforcement des programmes de rattrapage et d’alphabétisation, ainsi que la production de supports pédagogiques et la formation des éducateurs sociaux. Si elles sont effectivement mises en œuvre et suivies, ces initiatives pourraient contribuer à réduire le nombre de personnes privées des compétences de base.
Avec 23 millions de personnes qui ne savent ni lire ni écrire, la RDC ne peut donc pas considérer la gratuité de l’enseignement primaire comme un problème résolu, même si cette réforme constitue une avancée importante. Elle doit être accompagnée d’autres actions pour améliorer l’accès et la qualité de l’éducation, mais aussi permettre aux adultes qui n’ont jamais eu cette chance de se rattraper.
Le travail reste considérable pour permettre aux enfants d’acquérir les connaissances fondamentales et offrir aux adultes une véritable seconde chance.












