Seth Kikuni dénonce les discours nationalistes qui, selon lui, opposent les Congolais entre eux et excluent notamment les Banyamulenge/Tutsi congolais de la communauté nationale. Dans une tribune publiée ce mercredi 9 septembre, l’opposant estime que la défense de la souveraineté et de l’unité du pays ne peut pas servir à désigner certains citoyens comme de vrais Congolais et d’autres comme des étrangers. Il remet également en cause les poursuites visant, selon lui, des opposants, des journalistes, des intellectuels et des défenseurs des droits humains qui portent des voix critiques.
Par Charles Muhindo
Pour Seth Kikuni, le nationalisme ne doit pas être confondu avec le patriotisme ni être réduit au rejet de l’autre. Il estime que cette notion doit plutôt servir à construire une nation réunissant toutes ses composantes. Il dénonce ainsi la montée de discours qui classent les Congolais selon leur origine, leur appartenance communautaire ou leur langue.
Faisant allusion à la crise dans l’Est, Kikuni estime que le conflit ne peut pas être expliqué uniquement par l’agression rwandaise ou par la recherche du contrôle des ressources minières. Il demande que soit également posée la question de la place des Banyamulenge et des Tutsi congolais dans la communauté nationale.
« En excluant les Banyamulenge/Tutsis congolais de la communauté nationale, en refusant de les reconnaître comme des Congolais à part entière, on ne parle plus d’une nation unie, mais d’une nation amputée. Or, cela ne s’appelle pas du nationalisme. Cela s’appelle du séparatisme intérieur, de la division organisée », écrit Seth Kikuni.
L’opposant estime donc que la question de l’Est doit être abordée avec une approche qui prend en compte toutes les composantes de la société congolaise. Pour lui, combattre l’ingérence étrangère ne doit pas conduire à remettre en cause l’appartenance à la nation d’une partie des citoyens.
Seth Kikuni s’interroge également sur la cohérence entre le discours du pouvoir sur la souveraineté nationale et certains accords conclus avec des puissances étrangères. Il cite notamment le partenariat stratégique signé entre la RDC et les États-Unis le 4 décembre 2025 autour des ressources stratégiques, ainsi que l’accord migratoire conclu avec Washington en avril 2026.
Il estime que certaines dispositions du partenariat minier questionne sur la capacité de Kinshasa à décider seul de sa politique concernant les minerais stratégiques. Il rappelle, dans sa tribune, les réserves formulées par la Commission Justice et Paix de la CENCO concernant certaines dispositions de cet accord.
Sur le plan sécuritaire, Seth Kikuni défend une solution politique au conflit dans l’Est. Il affirme que cette position se trouve au cœur du projet Sauvons la RDC, lancé autour de l’ancien président Joseph Kabila. Il plaide notamment pour un dialogue national ouvert à toutes les parties prenantes.
« L’affirmation selon laquelle le conflit dans l’Est exige une solution politique, et non uniquement militaire constitue avant tout, et je le répète haut et fort pour ceux qui s’obstinent à ne pas comprendre, l’ambition du projet Sauvons la RDC. Ce mouvement, initié autour de l’ancien président Joseph Kabila, pose pour le dialogue national des conditions d’inclusivité et de sincérité, affirme-t-il.
Kikuni reproche par ailleurs à certains responsables politiques de profiter de la crise sécuritaire et de la peur de la population pour renforcer les divisions. Il estime que les discours d’exclusion se retrouvent aussi bien dans le pouvoir que dans une partie de l’opposition et servent à désigner des adversaires comme des ennemis de la nation.
Il cite dans ce cadre les poursuites visant des opposants, des journalistes, des intellectuels et des défenseurs des droits humains lorsqu’ils abordent les causes profondes de la crise ou défendent un dialogue plus inclusif. Pour lui, le débat sur le nationalisme ne devrait donc pas conduire à réduire l’espace réservé aux voix critiques.
Dans sa tribune, Seth Kikuni appelle finalement à une conception du nationalisme basée sur l’unité de tous les Congolais. Il estime que la sortie de la crise dans l’Est passe par la recherche d’une solution politique, la reconnaissance de toutes les composantes de la nation et un dialogue national auquel les différentes parties pourraient prendre part.













