Par Reagan Lebisabo
Dans un document partagé ce mercredi 9 septembre 2026, Médecins sans frontières (MSF) alerte sur la situation humanitaire préoccupante à Plaine Savo, près de Fataki, en Ituri. Environ 76 000 personnes déplacées y vivent dans des conditions difficiles, marquées par le manque de nourriture, d’eau potable et de soins, sur fond de menace d’Ebola.
Installés dans des abris de fortune faits de bois, de bâches et de paille, les déplacés vivent dans une forte promiscuité. Selon MSF, plusieurs familles ont fui leurs villages à la suite des violences armées. Antoinette, 60 ans, raconte avoir quitté Bule sous les tirs, après l’incendie de plusieurs habitations et la disparition de certains habitants.
Depuis leur arrivée à Plaine Savo, les conditions de vie restent particulièrement difficiles. L’insécurité empêche de nombreux déplacés d’accéder à leurs champs, aux marchés et à certains points d’eau. Selon MSF, seules deux distributions alimentaires ont eu lieu depuis décembre.
« Les vivres sont épuisés et nous attendons toujours la prochaine distribution », témoigne Antoinette.
Des besoins sanitaires importants
La situation sanitaire constitue également une source majeure d’inquiétude. Depuis février, MSF assure des soins sur le site à travers un poste de santé qui prend notamment en charge les enfants, les femmes enceintes, les personnes malnutries et les survivants de violences sexuelles.
En moyenne, 60 survivants de violences sexuelles y sont pris en charge chaque mois. L’organisation indique également recevoir chaque semaine sept personnes blessées par balle ou par arme blanche.
L’accès aux soins spécialisés reste toutefois limité par l’éloignement et l’insécurité. Pour les cas graves, notamment les femmes enceintes nécessitant une intervention chirurgicale, une ambulance de MSF assure désormais le transfert vers l’Hôpital général de référence de Fataki, situé à environ 15 kilomètres.
Selon l’organisation, ce dispositif a contribué à réduire les décès maternels parmi les déplacés.
La menace d’Ebola
À cette crise humanitaire s’ajoute la menace d’Ebola, alors que l’épidémie a été déclarée en Ituri en mai dernier. MSF indique que trois cas confirmés ont été détectés à Plaine Savo et transférés vers l’unité de traitement Ebola de l’hôpital de Fataki.
Au total, 36 cas confirmés ont été transférés et admis dans cette unité. La promiscuité, le manque d’eau potable et les conditions d’hygiène précaires font craindre une propagation du virus dans le site.
Pour réduire les risques, des interventions sont menées dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. Depuis février, 311 latrines ont été construites et l’approvisionnement en eau potable renforcé grâce à des camions-citernes, en attendant la finalisation de nouveaux forages.
Pour MSF, ces efforts restent toutefois insuffisants au regard de l’ampleur des besoins dans ce site qui accueille des dizaines de milliers de personnes déplacées.
L’organisation appelle à un renforcement urgent de la réponse humanitaire, notamment à travers des distributions régulières de nourriture et d’articles essentiels, un meilleur accès à l’eau potable et à l’assainissement ainsi que des activités de protection en faveur des personnes vulnérables.
La présence limitée des acteurs humanitaires constitue également, selon MSF, un obstacle important à la prise en charge des besoins de la population.
À Plaine Savo, la crise ne se limite donc plus aux conséquences des violences. Faim, manque d’eau, difficultés d’accès aux soins, violences sexuelles et menace d’Ebola exposent quotidiennement des milliers de familles déplacées à une situation de grande vulnérabilité. MSF appelle à une mobilisation humanitaire urgente et renforcée pour répondre à ces besoins.













