6 mai 2026 : 5 ans après l’instauration de l’état de siège, la paix se fait toujours attendre au Nord-Kivu et en Ituri

Ce mercredi 6 mai 2026 marque 5 années depuis la mise en place de l’état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Instauré en mai 2021, ce régime exceptionnel avait été présenté comme une réponse rapide et forte à la détérioration de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Des officiels congolais le considéraient comme une thérapie de choc. L’objectif était donc clair : mettre fin aux violences armées, rétablir l’autorité de l’État et ramener progressivement la paix dans des zones touchées par des décennies de conflits.

Cinq ans plus tard, les résultats observés sur le terrain sont loin des attentes. Dans le Nord-Kivu, la situation sécuritaire s’est même dégradée davantage. Alors qu’à ce temps-là, il n’était qu’à Bunagana, le M23 a progressivement étendu son influence sur plusieurs zones stratégiques, allant jusqu’à contrôler Goma et Bukavu, ainsi que des territoires comme Rutshuru et Masisi et même un contrôle momentané de la ville d’Uvira. Pour nombre d’analystes, cette situation est la preuve vivante du recul de l’autorité de l’État dans une région pourtant placée sous administration militaire durant plusieurs mois.

Mais en même temps, en Ituri, les violences n’ont pas été endiguées non plus. Les groupes armés comme la CODECO continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils, tuant, incendiant des maisons et enlevant des civils sans que l’autorité de l’état de siège ne puisse y faire quelque chose. Par ailleurs, c’est toujours au courant de la même période qu’on a vu la résurgence de certains acteurs, ex-chefs de guerre, notamment la CRP portée par Thomas Lubanga, qui n’a fait que mettre de l’huile au feu. Dans plusieurs villages, les populations vivent toujours dans la peur, nombreux ont même fui, craignant pour leur sécurité suite aux attaques menées par des groupes armés.

Dans les mêmes provinces, l’ADF, considéré comme groupe armé le plus cruel et le plu imprévisible du pays, a repris du poils de la bête, accentuant plus que jamais auparavant ses attaques contre des agglomérations non protégées par les forces de sécurité. De ce côté là, le bilan humain et matériel est affreux. Là encore, l’état de siège s’est montré improductif.

Dans ce contexte, le facteur souvent relevé par des analyses est cet écart entre les intentions du gouvernement à instaurer l’état de siège et la réalité actuelle. L’état de siège avait été mis en place comme une mesure de courte durée dont les résultats étaient censés être rapides. Pourtant, sa prolongation jusqu’à 5 ans a fini par normaliser la situation avec une administration militarisée qui peine à apporter des réponses aux causes profondes de l’insécurité. Bien au contraire.

Face à ce bilan, de nombreux acteurs de la société civile estiment que l’état de siège n’a pas atteint ses objectifs escomptés. Ils plaident pour sa levée ou à défaut à sa réforme afin de permettre un retour à l’ordre constitutionnel normal et d’envisager d’autres mécanismes pour imposer la paix. Pour eux, la solution ne peut pas rester uniquement militaire face à une crise aussi complexe et qui ne fait que s’enraciner.

Cependant, certains éléments positifs sont tout de même relevés, notamment sur le plan économique. Plusieurs rapports indiquent que l’état de siège aurait permis une mobilisation des recettes publiques dans les provinces concernées, grâce à un contrôle peut-être renforcé de l’administration et des circuits financiers. Mais ces résultats sont inuffisants, surtout qu’ils ne sont pas ceux poursuivis lors de la mise en place de cette mesure, l’insécurité étant la principale préoccupation des populations.

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