L’affaire fait le délice des réseaux sociaux en ce moment. Plus de vingt-quatre heures après la diffusion de la vidéo de l’altercation entre le ministre provincial de l’Environnement, de la Propreté et de l’Embellissement de Kinshasa et un officier militaire, un silence assourdissant semble être observé, au point d’en révulser quelques bonnes consciences.
Par Gédéon ATIBU
Après l’arrestation manu militari d’un officier militaire, le ministre Léon Mulumba semble s’en tirer indemne ou peut-être même sans tache d’huile. Oui, c’est l’impression que cela donne depuis que cette affaire a explosé en plein coeur de la capitale. Pour Patrick Mbeko, cela vient de retirer le peu de crédit qu’il y avait encore dans les institutions et les lois de la République en raison du caractère répréhensible de la réaction du ministre provincial.
« Dans un État qui fonctionne, une telle dérive provoquerait une réaction immédiate des autorités civiles et militaires : rappel à l’ordre, sanctions, clarification publique. Mais en RDC, c’est silence radio. Et ce silence est dangereux, parce qu’il nourrit une perception déjà largement installée un peu partout dans le pays : celle d’un régime où l’appartenance au clan, à la tribu, au réseau du président Félix Tshisekedi, ouvrirait la porte aux privilèges et à l’impunité», a-t-il écrit sur son compte X ( anciennement Twitter)
Dans le même ordre d’idée, l’écrivain congolais Patrick Mbeko craint que la perception que donne ce scandale, « justifiée ou partiellement exagérée, n’ait presque pas d’importance sur le plan politique. Ce qui compte, c’est son effet corrosif : elle érode la cohésion sociale, alimente les ressentiments et offre des arguments aux instigateurs de troubles», s’est-il ouvertement plaint.
«La RDC fait face à une déstabilisation extérieure qui s’appuie justement sur des fractures internes. Et c’est dans un contexte d’agression militaire pilotée par un Rwanda, dont les « masques congolais » brandissent des arguments pour le moins recevables, que Léon Mulumba humilie un officier des forces armées congolaises. Il faut sévir. Quand l’État se montre incapable de discipliner ses propres représentants, il donne l’image d’un pouvoir faible avec les forts, fort avec les faibles, et cela alimente la défiance, y compris au sein des forces armées.», a-t-il soutenu.
Au-delà du cas isolé de Léon Mulumba, c’est la crédibilité de l’ensemble de l’appareil de l’État qui se joue ici. Sanctionner ce ministre n’est plus seulement une question de justice, c’est un impératif de survie institutionnelle. Si le sommet de l’État refuse de briser ce cycle d’impunité, il prend le risque de voir la « grande muette » sortir un jour de son silence pour réclamer le respect qu’on lui dénie aujourd’hui.













