La 17e épidémie d’Ebola en RDC pourrait devenir la plus dévastatrice jamais enregistrée, selon l’ONU

La 17e épidémie d’Ebola en RDC pourrait devenir la plus dévastatrice jamais enregistrée, selon l’ONU

Par Charles Muhindo

La nouvelle épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo inquiète de plus en plus. Déclarée officiellement le 15 mai dernier, cette 17e épidémie enregistrée en RDC compte déjà près de 4 500 cas confirmés et plus de 2 000 décès. Face à cette progression, l’ONU alerte sur le risque de voir la situation s’aggraver davantage si le rythme actuel se poursuit.

Dans une note consultée par Reporter.cd ce jeudi 13 août, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l’épidémie progresse plus rapidement que les précédentes. Elle pourrait même dépasser celle qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, considérée jusqu’ici comme la plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée, avec plus de 28 000 cas.

« L’épidémie a pris une avance considérable, elle est toujours loin devant nous et nous essayons de la rattraper », a reconnu mercredi le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, cité par l’ONU. Il évoquait ainsi les difficultés rencontrées par les équipes engagées dans la riposte.

Le virus s’est déjà propagé dans au moins cinq provinces et 53 zones de santé. Selon l’ONU, l’épidémie aurait par ailleurs commencé deux à trois mois avant sa déclaration officielle.

L’Ituri reste la province la plus touchée. Elle concentre à elle seule environ 90 % des cas et 80 % des décès. La transmission se poursuit notamment à Bunia, Rwampara et Nizi. Pour les autorités sanitaires, l’un des principaux défis reste l’identification des personnes infectées, notamment lorsque des malades décèdent dans leurs communautés sans avoir été pris en charge.

Selon les données de l’ONU, une part importante des décès survient en dehors des centres de traitement. Plusieurs personnes décédées ne figuraient même pas parmi les contacts suivis par les équipes de riposte. Cette situation laisse penser que certaines chaînes de transmission échappent encore à la surveillance sanitaire.

« Cela indique qu’il existe des chaînes de transmission dont nous ignorons l’existence », a averti le Dr Tedros.

L’OMS estime que le suivi des contacts atteint actuellement environ 80 %, alors que l’objectif est de parvenir à 95 % afin d’améliorer les chances de stopper la transmission. Plus de 21 000 agents de santé communautaires ont déjà été formés pour renforcer la surveillance au sein des communautés.

La situation est également compliquée par les conditions sécuritaires dans l’est de la RDC. Les conflits armés empêchent parfois les équipes de se déplacer, compliquent la surveillance et retardent l’acheminement des prélèvements. Dans certaines zones, les déplacements de populations rendent également plus difficile le suivi des personnes exposées au virus.

Toujours selon l’ONU, les autorités sanitaires cherchent à renforcer les capacités de prise en charge. Elles prévoient de tripler les capacités de traitement pour atteindre 3 000 lits dans les trois prochains mois et de recruter plusieurs milliers de soignants. Mais pour l’OMS, les moyens actuellement disponibles restent insuffisants pour contrôler l’épidémie.

« Nous sommes encore très loin de maîtriser la situation. Nous ne sommes pas là où nous devrions être », a déclaré Chikwe Ihekweazu, responsable du programme de l’OMS chargé des urgences sanitaires, cité par la même source.

Autre difficulté : le virus Bundibugyo, responsable de cette épidémie, ne dispose actuellement ni d’un vaccin homologué ni d’un traitement spécifique approuvé. Des recherches sont en cours et deux vaccins développés contre cette souche sont déjà entrés dans des essais cliniques chez l’être humain. L’OMS envisage également de tester le vaccin Ervebo, déjà utilisé contre la souche Zaïre.

La question du financement constitue également un défi majeur. Sur les 518 millions de dollars nécessaires au plan continental de préparation et de réponse, seuls 264 millions ont été déboursés. Pendant ce temps, l’épidémie continue de progresser.

Pour l’ONU, le risque est désormais clairement identifié : si le rythme actuel se poursuit, cette 17e épidémie d’Ebola en RDC pourrait dépasser celle qui a frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016. Elle pourrait ainsi devenir la plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.