Longtemps présenté comme un acteur incontournable de la région des Grands Lacs, le président rwandais Paul Kagame semble aujourd’hui perdre pied sur l’échiquier diplomatique. À l’inverse, les récents succès diplomatiques du président congolais Félix Tshisekedi redessinent les rapports de force régionaux, isolant progressivement Kigali et mettant à nu les fragilités d’un système longtemps protégé par le silence international.
Par Médina
En journalisme, l’on rappelle souvent que les faits sont sacrés, le commentaire est libre. Les faits, précisément, semblent aujourd’hui converger vers une même conclusion : l’aura diplomatique de Paul Kagame s’effrite.
Davos : le début d’une marginalisation assumée
La séquence du déclin débute symboliquement lors du Forum économique mondial de Davos, tenu du 19 au 23 janvier 2026. Habituellement omniprésent et courtisé dans ce cénacle où se croisent décideurs économiques et politiques mondiaux, Kagame s’y est retrouvé relégué à l’arrière-plan. Cette mise à l’écart contraste fortement avec son statut passé de « chouchou » des grandes puissances.
Kigali lâché par sa propre diplomatie
Le 23 janvier 2026, coup de tonnerre diplomatique : l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis reconnaît publiquement l’existence d’une collaboration entre Kigali et l’AFC/M23, invoquant des impératifs de « sécurité ». Une déclaration lourde de conséquences, qui vient confirmer ce que la République démocratique du Congo dénonce depuis des années dans les enceintes internationales.
Kinshasa-Washington : un axe sécuritaire renforcé
Trois jours plus tard, le 26 janvier, le commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM) effectue une visite stratégique à Kinshasa, conduite par le colonel Michael Gacheri.
Dans sa déclaration, ce dernier salue la coopération constante des FARDC et la volonté commune de renforcer les capacités sécuritaires pour une paix durable. Le message est limpide : Washington réajuste ses alliances dans la région.
Naanga enfonce le clou
Le 28 janvier, soit deux jours après la visite d’AFRICOM, Corneille Nangaa confirme à son tour, lors d’une émission médiatique, la thèse d’une coopération entre Kigali et l’AFC/M23. Les masques tombent, les dénégations deviennent inaudibles.
Les circuits financiers coupés
Ces développements traduisent une réalité plus large : Tshisekedi est parvenu à tarir plusieurs circuits, notamment dans les pays du Golfe, qui facilitaient le trafic des minerais et le blanchiment d’argent issus de l’Est congolais.
Un coup stratégique majeur porté aux réseaux informels qui soutenaient l’économie de guerre.
L’accord de Washington et le malaise de Kagame
Quelques semaines après la signature de l’accord de paix de Washington, conclu le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous la facilitation des États-Unis et du Qatar, Kagame accorde une interview internationale.
Tentant de se défendre sur la question minière, il affirme :
« Le tungstène, l’étain, le tantale… tout cela existe aussi au Rwanda, et d’une très bonne qualité. »
Une déclaration qui peine à convaincre, alors que de nombreux rapports internationaux continuent de remettre en cause la traçabilité des minerais de la région des Grands Lacs.
D’un homme fort à un président sous pression
Le Kagame sûr de lui d’hier laisse place à un dirigeant sur la défensive, confronté à des sanctions, à un isolement diplomatique croissant et à une perte d’alliés. À l’inverse, Tshisekedi s’impose comme un interlocuteur crédible, bénéficiant d’un appui visible de l’administration américaine, notamment du président Trump, avec qui il affiche une proximité assumée, jusque dans des gestes symboliques comme la prière commune pour la paix à l’Est de la RDC.
AFC/M23 : un mouvement miné par les divisions
Selon plusieurs sources concordantes, une crise interne secoue l’AFC/M23. Deux camps s’opposent :
celui de Corneille Nangaa, supposément soutenu par l’ancien président Joseph Kabila ;
et celui de Paul Kagame, sous pression directe des États-Unis pour retirer ses troupes de la RDC.
Kigali aurait déjà informé le M23 de sa décision de se désengager militairement. Mais le camp Nangaa s’y oppose, conditionnant tout retrait à l’ouverture préalable d’un dialogue avec Kinshasa, tel que proposé par certains prélats catholiques.
Libérer les zones occupées sans garanties politiques serait, selon eux, un renoncement stratégique. Cette impasse expliquerait leur insistance sur un dialogue perçu non comme un outil de paix, mais comme un levier de survie politique.
Le rapport de force régional est en mutation. Là où Kigali dictait hier le tempo, Kinshasa impose désormais son agenda. La diplomatie offensive de Félix Tshisekedi a déplacé les lignes, exposant les failles d’un système rwandais longtemps protégé par l’opacité et les non-dits internationaux. Le piédestal s’effrite ; le déclin, lui, s’observe désormais à ciel ouvert.












