Le monde se redessine déjà depuis quelques années suite aux bouleversements des équilibres de pouvoir et à l’émergence de nouveaux pôles d’influence. Face à ce changement de dynamique, la République démocratique du Congo est au cœur d’une lutte interne entre ce qu’elle veut faire et ce qu’elle doit faire.
Gédéon ATIBU
L’onde de choc est forte. Au bout du rouleau, le Rwanda serait en train d’être lâché par ses soutiens d’hier. Les dernières sanctions américaines ciblées contre les officiers de haut rang de l’armée rwandaise en sont une preuve indéniable. Ces sanctions témoignent de la volonté des États-Unis de faire respecter les accords de Washington dont ils ont été médiateurs en fin d’année dernière.
En République démocratique du Congo, l’espoir renaît, voyant que le narratif rwandais se déconstruit au fil des années : « La situation actuelle marque un renversement de ce rapport narratif. En effet, la RDC est désormais entendue dans les grandes arènes de la diplomatie internationale. Son discours diplomatique est davantage structuré, cohérent et relayé par des alliances narratives solides », s’en félicite Dr. Silas Makangu Mimile dans sa tribune publiée ce 03 mars.
Cependant, l’heure n’est plus à une autosatisfaction stérile, mais à la prudence qui appelle à une réflexion poussée sur la capacité du pays de Lumumba à remonter le courant. Dès lors que le mythe de Kagame est totalement mis à mal, les États-Unis auraient toujours besoin d’un pays pivot pour perpétuer l’hégémonie américaine dans la région des Grands Lacs. Cette réévaluation des alliances stratégiques ou cette recomposition des leaderships régionaux présente une menace et une opportunité pour la stabilité. À la RDC de
savoir bien s’y prendre…
En effet, trois pays, mis à part la RDC, sont des prétendants sérieux au rôle de nouveau pivot que les États-Unis rechercheraient dans la région, à savoir l’Ouganda, le Kenya et l’Angola.
Pour le Professeur des Universités Silas Makangu, « l’Angola est éloigné du cœur des tensions malgré sa puissance économique et militaire; l’Ouganda est le candidat le plus sérieux sur le plan militaire, mais politiquement fragile, le Kenya, quant à lui, est dynamique économiquement, mais manque de profondeur militaire dans les Grands Lacs et n’a pas de frontière commune avec la RDC », a-t-il relevé.
Partisan de la puissance —thématique développée dans son dernier livre intitulé : « La RDC entre impuissance et déni de puissance » pour une politique étrangère d’intelligence—, le Dr Silas Makangu appelle les autorités congolaises à profiter de ce qu’il appelle le « vide stratégique dans les Grands Lacs » à la suite de l’affaiblissement du Rwanda.
« La question essentielle n’est pas de savoir : « Qui est notre ami ? », car les amitiés sont circonstancielles. La véritable interrogation est la suivante : « Avons-nous les moyens de ne pas dépendre de personne ? », a-t-il conclu.
Il est clair qu’une opportunité de pouvoir renaître s’offre à la RDC, qui doit structurer l’appareil de l’État pour exercer sa souveraineté et répondre à sa vocation de puissance. Mais pour y arriver, cet expert en leadership et en relations internationales conseille au pays d’éviter trois pièges majeurs : se réjouir de la chute du Rwanda sans s’imposer soi-même; passer d’une dépendance rwandaise à une influence ougandaise ou kényane; et enfin, manquer la fenêtre stratégique qui consiste obligatoirement à désamorcer les discours de haine et renforcer la cohésion nationale, dépasser les clivages hérités de l’histoire coloniale, maîtriser l’intelligence stratégique et protéger son appareil de sécurité.













