Tentatives de changement constitutionnel en RDC : Un bloc anti-Tshisekedi se forme dans l’opposition

Tentatives de changement constitutionnel en RDC : Un bloc anti-Tshisekedi se forme dans l’opposition

En RDC, la perspective d’un changement constitutionnel ravive les tensions politiques. Face aux signaux envoyés par le pouvoir, un front anti-révision se structure progressivement dans l’opposition, faisant planer le risque d’un bras de fer institutionnel.

Par Gédéon Antibu

La situation semble évoluer beaucoup plus vite depuis que le débat autour d’un possible changement de la Constitution en RDC a repris de plus belle depuis le début du mois. Dans le camp au pouvoir, certains animateurs ont clairement laissé entendre, urbi et orbi, que cette question allait être abordée, qu’il pleuve ou qu’il neige : « Ne vous en faites pas, nous toucherons à cette constitution », a prévenu Augustin Kabuya, no1 de l’UDPS. Une position tranchée devenu au centre des polémiques, surtout dans un contexte déjà marqué par des défis sécuritaires et sociaux que personne n’ignore.

Face à ces promesses, des opposants parent déjà aux éventualités. Et, peu à peu, un front commun se forme avec un objectif clair : empêcher toute révision/changement de la Constitution. Même si le rapprochement entre leaders est encore fragile ou reste constellée à travers des déclarations, il se profile que le sujet pourrait bien mettre d’accord les adversaires politiques de Félix Tshisekedi, y compris même les plus distancés d’entre tous. Alors qu’aucune démarche officielle en faveur du changement de la constitution n’est encore lancée, le climat montre que la question constitutionnelle pourrait devenir un facteur d’unité entre des leaders qui, jusque-là, évoluaient souvent chacun de leur côté.

La sortie médiatique de Joseph Kabila à un média belge, où il a affirmé qu’il ne serait jamais question de modifier la Constitution, qu’il considère comme un texte sacré à préserver, n’a que renforcer le camp de ceux qui s’opposent à toute initiative de révision. De son côté, Modeste Bahati Lukwebo, à l’origine du débat en cours, bien que membre de la coalition au pouvoir, a lui-même apporté une nuance importante. Il estime que le véritable problème du pays ne se trouve pas dans les textes, mais dans l’homme congolais Une déclaration qui, indirectement, donne du poids aux arguments de l’opposition.

Quand Kabund et Fayulu s’en mêlent

L’un des faits politiques les plus marquants reste la rencontre entre Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund. Le lundi 23 mars, les deux leaders se sont retrouvés à l’hôtel Faden House. Les faits récents perdent les analystes en conjectures. Jean-Marc Kabund a été l’un des artisans majeurs à porter Félix Tshisekedi au pouvoir et en a même été l’un des piliers avant de finir à l’opposition. Opposant farouche à Tshisekedi, Martin Fayulu s’est pourtant rapproché du chef de l’Etat, il y a quelques mois, à la surprise générale. Ainsi, pour certains observateurs, les 2 acteurs ne sont pas censés être des radicaux vis-à-vis du pouvoir en place. Pourtant, ils sont aujourd’hui les premiers à se retrouver dans l’objectif, il se dit, de constituer une coalition commune afin de barrer la route aux démarches constitutionnelles de l’Union sacrée.

Dans ce contexte, cette rencontre symbolise un rapprochement stratégique entre des figures importantes de l’opposition congolaise. Car, si l’on s’en tient au compte rendu de murs échanges, les deux hommes ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme des dérives du régime de Félix Tshisekedi. Ils ont exprimé leur opposition ferme à toute tentative de modification de la Constitution, qu’ils jugent inopportune. Selon eux, les vraies priorités du pays sont ailleurs, notamment la sécurité, la cohésion nationale et le bien-être de la population.

Puis, Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund ont affirmé avoir harmonisé leurs positions et mis en place des stratégies communes pour faire face à ce projet. Ils ont même appelé les forces vives du pays à se mobiliser pour défendre l’ordre constitutionnel et éviter toute dérive.

Vu sous cet angle, la question de la pression sur le pouvoir se pose clairement. La formation progressive d’un bloc uni pourrait représenter un défi pour le régime en place se profile nettement à l’horizon. Si cette dynamique se renforce, elle pourrait compliquer toute tentative de passage en force sur une question aussi sensible et brûlante. Mais, en attendant, des incertitudes demeurent toujours. En effet, l’opposition congolaise a souvent été marquée par des divisions internes qui affaiblissent ses actions. La solidité de cette nouvelle alliance reste donc à prouver et sa capacité à mobiliser la population sera également déterminante pour peser réellement sur le rapport de force.

Par ailleurs, du côté du pouvoir, la marge de manœuvre dépendra en grande partie de la capacité à contenir cette montée de contestation des opposants. Le régime pourrait être tenté de poursuivre son projet, mais il devra tenir compte du risque d’une réaction populaire si l’opposition parvient à s’unifier davantage.

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