Traque annoncée des combattants FDLR par les FARDC : Une patate chaude pour la RDC

Plusieurs mois après la signature de l’accord de paix de Washington entre Kinshasa et Kigali, la République démocratique du Congo vient finalement de poser un acte déterminant en faveur de la mise en œuvre des engagements pris.

Par Gédéon ATIBU

Le dimanche 29 mars dernier, à Kisangani (Tshopo), les FARDC ont officiellement lancé une opération de traque contre les FDLR encore présents sur le sol congolais. À travers cette initiative, estiment nombreux observateurs, Kinshasa cherche clairement à prouver sa bonne foi et sa volonté de respecter les décisions prises en faveur de stabilisation de la partie orientale du pays. Le message des autorités militaires a d’ailleurs été sans ambiguïté : ces combattants doivent déposer les armes et rentrer dans leur pays, sans affrontement s’ils ne veulent pas y être contraints.

Mais, il faut dire que cet engagement est loin d’être anodin. Il constitue même le cœur des promesses faites par la RDC dans cet accord, sous la médiation des États-Unis. En échange, Kigali était, mieux, est censé retirer ses troupes du territoire congolais, qu’il présente souvent présentés comme des « mesures de défense avancées » pour offusquer sa présence en RDC. Depuis la signature de cet accord le 27 juin 2025, rien n’avait encore réellement évolué jusqu’ici. Les combats ont continué et se sont même intensifiés dans plusieurs zones du Nord-Kivu et Sud-Kivu et chaque partie (Kinshasa et Kigali) accuse l’autre de ne pas respecter ses engagements. C’est dans ce contexte de blocage et d’accusations mutuelles que Kinshasa a choisi de relancer aujourd’hui la machine en annonçant cette traque, près de neuf mois plus tard.

Il n’est point de doute que l’objectif des autorités congolaises est de vider le prétexte sur lequel s’accroche constamment le Rwanda pour éviter de mettre fin à son soutien humain, logistique et financier au M23.

Mais derrière cette décision se cache une réalité qui complique fortement les choses sur le terrain. La majorité des zones où sont supposés se trouver les FDLR échappe au contrôle des FARDC. Ces territoires sont en grande partie occupés par le M23, un mouvement que Kinshasa, y compris l’ONU et d’autres organisations internationales, accuse d’être soutenu par Kigali. Dès lors, une question simple se pose : comment traquer l’armée congolaise saura-t-elle traquer un groupe armé dans des zones où l’État congolais n’exerce pas son autorité ? Cette situation donne l’impression que la RDC s’est engagée dans une mission difficile à réaliser, voire impossible dans les conditions actuelles, à moins qu’effectivement, le M23 décide avant tout de s’en retirer.

Mais à part cela, il y a un autre élément souvent soulevé dans le débat. Pour plusieurs analystes et responsables congolais, dont l’ancien gouverneur Julien Paluku aujourd’hui ministre du Commerce extérieur, la question des FDLR est devenue un argument récurrent utilisé par Kigali pour justifier ses interventions en RDC. Pourtant, ces résidus des FDLR ayant participé au génocide rwandais de 1994, comme le soutient Kigali, ne représente plus aucune menace réelle contre le Rwanda, du fait de leur âge et de l’absence de leur organisation sur le terrain. De ce point de vue, le véritable enjeu serait plutôt l’intention continuelle, pour le régime Kagame, d’accaparer les ressources naturelles congolaises, notamment dans les zones riches en minerais, où le Rwanda entretient régulièrement des conflits armés.

La situation devient encore plus délicate si l’on prend en compte les accusations du Rwanda de ces derniers mois. Kigali est allé jusqu’à affirmer que des éléments FDLR auraient même été intégrés au sein même des FARDC, y compris dans certaines unités sensibles comme la Garde républicaine. Dans ces conditions, même si la RDC intensifie ses opérations et neutralise une partie des combattants encore actifs, rien ne garantit que le Rwanda reconnaîtra sera satisfait des efforts engagés par les autorités congolaises. Au regard de ce genre d’accusations, de nouvelles accusations pourraient toujours s’en suivre, afin que le prétexte de Kigali sur les FDLR ne soit jamais vidé.

En réalité, tout donne l’impression que Kinshasa s’est engagé dans un terrain glissant en acceptant de faire de la neutralisation des FDLR une condition centrale de l’accord de Washington. Car cet engagement, difficile à mettre en œuvre et encore plus difficile à satisfaire totalement, peut être utilisé par le Rwanda à tout moment comme un argument pour maintenir la guerre en RDC. Devant les États-Unis, ce dernier peut ainsi continuer à justifier sa posture en affirmant que la menace n’a jamais été complètement éliminée.

Bien que cela soit enfoui dans l’accord de paix, la traque des FDLR apparaît plus comme un piège dans lequel la RDC est tombé. Car même en s’engageant sur cette voie, Kinshasa n’est pas certain de voir le Rwanda s’en satisfaire. La question risque donc de continuer à servir de justification à une présence rwandaise sur le sol congolais, maintenant ainsi le pays dans une crise sécuritaire sans fin.

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