Kabila, Katumbi, Kamerhe, Kabund et Lukwebo : en se délestant de figures majeures, Félix Tshisekedi consolide-t-il son pouvoir ou s’isole-t-il davantage ?

En accédant au trône présidentiel en janvier 2019, Félix Tshisekedi bénéficie d’un soutien déterminant de plusieurs figures majeures de la scène politique congolaise, notamment Vital Kamerhe et Joseph Kabila. Grâce à une coalition FCC-CACH forte et indomptable mise en place, tous trois cheminent ensemble au début, auréolée par la première alternance politique depuis l’indépendance. Mais cette alliance ne fera pas long feu et se fissurera.

Par Gédéon ATIBU

Accusé de détournements, Vital Kamerhe est arrêté et condamné à l’issue d’un procès dans le cadre du programme présidentiel dit des 100 jours, avant d’être réhabilité plus tard. Malgré son retour, jusqu’à la présidence de l’Assemblée nationale, il finit par être écarté du pouvoir, quittant la scène par la petite porte sans réel soutien de celui qu’il a contribué à installer.

En même temps, la coalition FCC-CACH avec Joseph Kabila éclate en fin 2020. Félix Tshisekedi parvient à renverser la majorité parlementaire contrôlée par son prédécesseur, qui bascule alors dans l’opposition. La situation de Kabila se détériore ensuite progressivement : contraint à l’exil, déchu de son statut de sénateur à vie et condamné par la justice congolaise, il se retrouve aujourd’hui dans l’impossibilité de rentrer au pays. Un autre allié de poids connaîtra un sort similaire : Jean-Marc Kabund. Ancien bras droit du chef de l’État et président de l’UDPS, il a pourtant joué un rôle clé dans l’ascension de Félix Tshisekedi, notamment en 2018. Mais lui aussi a brutalement été brutalement écarté, exclu du parti, démis de ses fonctions et emprisonné, avant de rejoindre l’opposition après sa libération.

Avant Kabund, c’est Moïse Katumbi qui s’était éloigné du pouvoir. Pourtant, Katumbi avait contribué à la mise en place de l’Union sacrée, permettant à Tshisekedi de fragiliser, mieux, mettre fin la majorité de Kabila et restreindre l’influence de l’ancien dirigeant. Mais à son tour, il se retrouve aujourd’hui en conflit politique avec le régime, engagé dans l’opposition et vivant hors du pays, sans garantie de pouvoir revenir librement.

Une stratégie payante ou perdante pour Félix Tshisekedi ?

Plus récemment, c’est Bahati Lukwebo qui a été poussé à la porte de sortie. Le leader du Sud-Kivu a été contraint de démissionner de son poste de deuxième vice-président du Sénat dans des conditions plutôt pas justifiées, notamment après ses prises de position sur l’intangibilité de la Constitution. Son remplacement par Basengezi Katintima le vendredi 3 avril dernier, originaire de la même province, est interprété comme une stratégie visant à l’affaiblir politiquement, une méthode déjà utilisée contre Vital Kamerhe, qui s’est vu remplacer au perchoir de l’Assemblée nationale par Aimé Boji, également originaire du Sud-Kivu et, de surcroît, ex-beau-frère du fondateur de l’UNC

Au fil de ces 7 dernières années, un constat est fait : Félix Tshisekedi s’est progressivement séparé de presque tous les acteurs majeurs qui ont contribué à son ascension politique en 2019 ou à sa consolidation en 2023. Cette recomposition du paysage politique autour de lui donne l’impression d’un pouvoir de plus en plus recentré, mais aussi d’un cercle politique qui se réduit. Aujourd’hui, Jean-Pierre Bemba apparaît comme l’un des rares alliés encore influents à ses côtés, lui qui, contrairement à certains autres, va jusqu’à recadrer en interne les voix discordantes au sein de son parti, le MLC.

À l’approche des échéances de 2028, la posture du président congolais interroge : en écartant progressivement ses anciens partenaires majeurs, le chef de l’État semble consolider son autorité mais peut-être bien à court terme. Car, comme peuvent le soutenir nombre d’observateurs, avec sa posture, il pourrait mettre en péril ses nombreuses alliances sûres et créer un climat de méfiance au sein des acteurs qui étaient fidèles, y compris au sein même de l’Union sacrée. Certains de ceux qui sont encore au sein de la mouvance présidentielle pourraient être plus prudents, notamment face à des projets sensibles comme une éventuelle révision de la Constitution.

Ainsi, une question centrale de pose, tel que s’est interrogé le journaliste Saleh Mwanamilongo : en se délestant des figures majeures qui ont marqué son ascension, Félix Tshisekedi renforce-t-il réellement son pouvoir ou prend-il le risque de s’isoler politiquement alors que les échéances électorales à venir approchent ?

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