À 2 mois seulement de la clôture de l’année scolaire en République démocratique du Congo, le climat devient de plus en plus incertain dans le secteur de l’éducation. Alors que l’année semblait peu à peu suivre son cours, la grogne des enseignants refait surface et de manière insistante.
Par Gédéon ATIBU
À la base, un problème récurrent et bien connu depuis des années : le retard dans le paiement des salaires. En ce mois d’avril, plusieurs enseignants affirment cumuler des semaines, voire des mois sans être rémunérés. Une situation qui met menace le calendrier scolaire.
Dans la ville de Lubumbashi, par exemple, la reprise des cours après les vacances de Pâques a été aussitôt perturbée. Des enseignants des écoles catholiques ont décidé de ne pas reprendre le chemin de l’école pour dénoncer des retards devenus presque habituels sein eux. Le mouvement, bien que jusqu’ici limité encore à quelques jours, est un signal qui ne trompe pas : si la situation des salaires n’est pas rapidement régulé, l’arrêt des enseignements pourrait s’imposer. Car, d’ailleurs, cette grogne ne se limite pas à un seul réseau scolaire, mais s’étend déjà à plusieurs autres syndicats et dans différentes provinces éducationnelles.
Dans l’Est du pays, notamment à Beni et à Butembo (Nord-Kivu), le mouvement de grève déjà lancé depuis le lundi 13 avril a carrément paralysé les activités scolaires. Dans plusieurs écoles, les élèves ont été contraints de rentrer chez eux faute d’enseignants dans les classes. Ici, les revendications portent non seulement sur les retards de paiement, mais aussi sur le non-respect de certains engagements pris par le gouvernement, si l’on s’en tient aux déclarations des syndicalistes du SYECO et du SYNECAT. Ainsi, plus les jours passent, plus le risque de voir les cours interrompus de manière prolongée devient réel.
À l’Ouest du pays, dans la province du Kwilu, la menace est tout aussi sérieuse. À Idiofa, des enseignants dénoncent jusqu’à 4 mois d’arriérés de salaire. Une situation difficilement tenable pour ces agents de l’État qui, pour beaucoup, dépendent exclusivement de leur rémunération pour subvenir à leurs besoins. Là aussi, les appels à une grève généralisée se multiplient, preuve que la crise dépasse désormais une seule province éducationnelle.
De manière globale, c’est toute l’étendue du territoire national qui est touchée et menacée. Du Nord au Sud, en passant par d’autres provinces, les enseignants élèvent la voix pour exiger leur dû. Cette mobilisation progressive fait planer une incertitude autour de la fin de l’année scolaire. Pourtant, cette période est cruciale, car elle correspond à la 4e période, généralement consacrée aux révisions et à l’organisation des examens de fin d’année.
Face à cette situation, 2 scénarios semblent se dessiner. Le premier, optimiste, serait celui d’une réaction rapide du gouvernement, avec une régularisation des salaires permettant une reprise normale des cours. Le second, plus inquiétant, est celui d’un durcissement du mouvement des enseignants, pouvant conduire à une interruption prolongée des activités scolaires. Dans ce cas, l’année scolaire pourrait connaître un véritable atterrissage forcé marqué par des perturbations majeures, voire une désorganisation des examens.
Ainsi, même si une issue reste possible, le temps joue désormais contre les autorités. Sans réponse concrète dans les jours à venir, la menace actuelle risque de laisser des traces sur l’année scolaire en cours. Et ce sont, comme souvent, les élèves qui pourraient en payer le plus lourd tribut.













