Du départ forcé du Sénat à l’arrestation de ses cadres : Le chemin de la croix de Bahati Lukwebo et de l’AFDC n’en finit pas !

Par Gédéon Antibu

L’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC/A), le parti dirigé par Modeste Bahati Lukwebo, traverse une nouvelle zone de turbulences politiques après l’arrestation, le vendredi dernier, de plusieurs de ses cadres à Kinshasa. Parmi les personnes interpellées, apprend-on, figurent notamment Hilaire Kasusa Kikobya, président du conseil d’administration de l’INERA, ainsi que maître Phukuta Kuala Jean-Claude, Yvon Yanga et Valery Ilunga. Selon les explications fournies par le parti, Hilaire Kasusa revenait d’une mission de service à Brazzaville lorsqu’il a été arrêté au Beach Ngobila avec ses compagnons avant d’être conduit dans les locaux des renseignements militaires, l’ex-DEMIAP. Jusqu’à présent, aucune communication officielle n’a été faite sur les raisons exactes de cette interpellation. L’AFDC-A réclame ainsi leur libération immédiate.

Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte déjà très difficile pour Bahati Lukwebo et son parti au sein de l’Union sacrée. Il y a encore quelques semaines, le sénateur avait connu une chute politique brutale après ses prises de position sur la protection de la Constitution au moment même où au sein de la coalition au pouvoir, le débat autour du référendum et d’un éventuel 3e mandat pour le chef de l’État faisait déjà son bonhomme de chemin. Peu après, il avait été contraint de quitter son poste de 2e vice-président du Sénat. Pourtant, Bahati Lukwebo faisait partie des figures majeures de la majorité présidentielle pour avoir dirigé le Sénat pendant le premier mandat du régime Tshisekedi.

Depuis ce départ du bureau du Sénat, les attaques contre le leader de l’AFDC-A se sont multipliées, venant de plusieurs proches du pouvoir. Certains partisans de Félix Tshisekedi ont commencé à l’associer à la rébellion du M23, dans un contexte où sa province d’origine, le Sud-Kivu, est occupée en grande partie par la rébellion. Des accusations relayées par certains de l’Union sacrée ont même affirmé que des maisons appartenant à Bahati Lukwebo hébergeraient des responsables du M23. Aucune preuve officielle n’a cependant jamais été rendue publique pour soutenir ces affirmations. Mais, dans la foulée, pour le remplacer au poste de 2e vice-président du Sénat, l’Union sacrée a choisi Norbert Basengezi, autre personnalité politique majeure du Sud-Kivu. Des observateurs ont soupçonné un moyen pour affaiblir Lukwebo.

Les difficultés de l’AFDC-A ne se sont pas limitées seulement à cela. Alors que Bahati Lukwebo était sous pression de la coalition au pouvoir dont il est membre, des députés nationaux issus de cette formation politique l’avaient publiquement désavoué, l’accusant notamment de manquer de respect au chef de l’État. Certains avaient même tenté de le démettre de ses fonctions à la tête du parti. Même si cette tentative n’est jamais plus loin que cela, elle a réussi à secouer le natif du Sud-Kivu, car cela doit avoir laissé des traces dans le fonctionnement interne de l’AFDC.

À cela s’est ajouté un autre revers pour Bahati Lukwebo lorsque les conclusions d’un congrès organisé par son parti ont été rejetées par le ministère de l’Intérieur. Pourtant, ces résolutions visaient notamment à renforcer les pouvoirs du président du parti. Ce rejet avait été interprété par plusieurs observateurs comme un nouveau signe pour affaiblir davantage politique le leader de l’AFDC-A dans les sphères du pouvoir. Pour beaucoup, l’ancien allié incontournable de Félix Tshisekedi semble aujourd’hui perdre progressivement une partie de son influence politique.

Mais, en plus de cela, dans le Sud-Kivu, le Professeur et gouverneur Jean-Jacques Purusi issu de l’AFDC, est aussi sous pression des députés provinciaux qui appellent à sa démission malgré le contexte actuel de la guerre du M23. Si jamais ce dernier venait à tomber, Lukwebo aura aussi perdu en poids politique dans son fief où grouillent des leaders politiques majeurs du pays : Vital Kamerhe, Aimé Boji, Norbert Basengezi, etc.

Malgré cette accumulation de difficultés, Bahati Lukwebo n’a jusque-là jamais officiellement renié Félix Tshisekedi. Il continue de se présenter comme membre de l’Union sacrée et maintient son soutien au chef de l’État. Mais avec cette arrestation de plusieurs cadres de son parti dans des circonstances encore floues, on a l’impression que le long chemin de la croix politique se poursuit pour Bahati Lukwebo et son l’AFDC-A de sorte qu’il risquerait, peut-être finalement, de tourner le dos à la coalition au pouvoir.

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