Enjeux politiques : Face au projet de changement de la Constitution, où est passé Vital Kamerhe ?

Depuis plusieurs semaines, le débat autour d’un éventuel changement de la Constitution en RDC occupe une place importante dans les discussions politiques. Après les déclarations de Félix Tshisekedi sur cette question sensible et même bien avant, plusieurs acteurs politiques ont commencé à se positionner, soit pour soutenir l’idée, pour rejeter la démarche, soit pour exprimer leurs réserves. Pourtant, au milieu de cette agitation politique, une voix absente attire particulièrement l’attention : celle de Vital Kamerhe. L’ancien président de l’Assemblée nationale, longtemps considéré comme l’un des poids lourds de la scène politique congolaise, reste jusque-là très discret sur un sujet qui touche pourtant directement à la vie du pays.

Ce silence intrigue parce qu’il contraste avec l’image que Vital Kamerhe avait construite au fil des années. Lorsqu’il avait quitté le camp de Joseph Kabila en 2009 avant de se dresser en opposant farouche à l’époque des débats sur l’alternance et le respect de la Constitution, beaucoup de Congolais avaient salué un acte politique courageux. Il apparaissait alors comme l’un des rares leaders politiques capables de prendre ses distances avec le pouvoir au nom des principes républicains. Son discours contre les dérives du régime à l’époque lui avait permis de gagner une certaine crédibilité auprès d’une partie de l’opinion. C’est justement ce passé qui pousse aujourd’hui plusieurs observateurs à s’interroger sur sa discrétion actuelle.

Depuis sa chute du perchoir de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe semble s’effacer. Ses prises de parole sur les grandes questions nationales sont devenues rares. Même sur plusieurs dossiers sensibles qui agitent le pays, notamment les violences dans l’Est ou le blocage du processus de paix avec le M23, sa voix s’est peu fait entendre. Cette réserve prolongée donne l’impression d’un homme politique qui préfère désormais observer les événements à distance plutôt que s’exposer directement.

Mais c’est surtout son silence sur la question constitutionnelle qui interroge. Dans un pays où les débats liés à la Constitution sont souvent à l’origine des tensions politiques, beaucoup considèrent qu’un acteur du poids de Vital Kamerhe ne peut pas rester neutre très longtemps. Pour certains observateurs, cette discrétion cache probablement une stratégie politique. L’analyste Bob Manara estime d’ailleurs que ce silence mérite d’être lu avec prudence. Selon lui, Vital Kamerhe pourrait simplement attendre le moment opportun pour sortir du silence et surprendre sur le plan politique. Dans les coulisses de la majorité présidentielle, plusieurs figures importantes seraient loin d’être totalement favorables à un changement de la Constitution, mais préfèreraient éviter toute confrontation ouverte avec Félix Tshisekedi dans un contexte où le rapport de force n’est pas proportionnel.

Dans cette hypothèse, il se dégage l’idée qu’une partie de caciques de l’Union sacrée serait actuellement dans une logique d’attentisme politique. Officiellement, plusieurs responsables restent loyaux au président de la République, mais certains pourraient choisir d’afficher leurs véritables positions seulement à l’approche de la fin du mandat de Félix Tshisekedi. Dans ce contexte, le silence de Vital Kamerhe peut être interprété comme une manière de préserver ses intérêts politiques tout en évitant de se couper prématurément du camp au pouvoir. En politique congolaise, les silences sont souvent aussi importants que les déclarations publiques.

Mais cette prudence politique ne convainc pas tout le monde. Une partie de l’opinion considère qu’un homme politique qui a longtemps défendu la Constitution ne devrait pas rester muet lorsque celle-ci devient un sujet de débat national. Beaucoup se demandent aujourd’hui si les convictions mises en avant autrefois étaient réellement profondes ou si elles répondaient simplement à des circonstances politiques précises, pour des intérêts personnels. Cette question revient dans plusieurs discussions politiques, surtout chez ceux qui voyaient autrefois en Vital Kamerhe une figure capable de défendre des principes au-delà des alliances politiques de circonstance.

Le problème dépasse d’ailleurs la seule personne de Vital Kamerhe. Son silence semble démontrer la situation actuelle d’une partie de la classe politique congolaise. Plusieurs responsables politiques semblent hésiter, ne sachant pas choisir entre la fidélité à la majorité présidentielle et leurs ambitions personnelles pour l’avenir mais aussi la nécessité de préserver leur image dans l’opinion. Dans un tel contexte, beaucoup choisissent de se muer dans le silence et hésitent de dévoiler clairement leur position. Peut-être que le cas Lukwebo leur a servi d’exemple. Pour s’être prononcé sur le sujet en faveur de la protection de la constitution, il a perdu son poste au Sénat et est devenu au centre d’attaques de nombreux Tshisekedistes.

Mais, plus le débat sur la Constitution prend forme, plus l’absence de position claire de Vital Kamerhe devient elle-même un sujet politique. Parce qu’en RDC, les grandes figures politiques sont souvent attendues précisément dans les moments où les institutions se retrouvent au centre des tensions nationales. Et aujourd’hui, une partie de l’opinion continue de se demander si le silence de Vital Kamerhe est celui d’un homme prudent, d’un allié embarrassé ou d’un stratège qui attend simplement son heure pour rebondir. Des observateurs sont donc en droit de s’interroger : par où est passé le tonitruant président de l’UNC, lui qui, assez souvent, ne gardait pas sa bouche dans la langue?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.