3e mandat, référendum, appel à manifester, tensions politiques, etc. : La RDC face à un éternel recommencement

Par Gédéon Antibu

La République démocratique du Congo donne de plus en plus l’impression de revivre une page de son histoire politique récente. Dix ans après les tensions qui avaient entouré la fin du pouvoir de Joseph Kabila, le pays replonge dans les mêmes débats autour de la Constitution, du troisième mandat et des manifestations publiques dans la rue. À l’époque déjà, entre 2015 et 2018, le régime de Joseph Kabila était accusé de vouloir se maintenir au pouvoir au-delà des limites prévues par la Constitution. Des figures de l’ancienne majorité présidentielle défendaient ouvertement l’idée d’une révision constitutionnelle. Parmi elles, Evariste Boshab avait même publié un ouvrage intitulé « De l’inanition de l’État », dans lequel certains voyaient une manière de justifier le maintien de Kabila au pouvoir pour éviter l’effondrement du pays. Même si Joseph Kabila n’avait jamais officiellement déclaré vouloir briguer un troisième mandat, son refus d’organiser les élections en 2016 avait fini par convaincre une grande partie de l’opinion qu’il cherchait à s’accrocher au pouvoir.

Les plaies sont encore trop fraîches pour l’oublier. Car, cette période avait vraiment marqué le pays. Les manifestations s’étaient multipliées à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes. Les militants de l’UDPS, alors principal parti d’opposition, les proches de Moïse Katumbi, les mouvements citoyens comme LUCHA et Filimbi, ainsi que les Églises catholique et protestante, avaient uni leurs forces pour empêcher toute modification de la Constitution. Dans les rues, les slogans pour défendre la démocratie étaient devenus des chants. Mais cette mobilisation avait aussi coûté la vie à plusieurs Congolais. Des dizaines de personnes, Thérèse Kapangala, Rossy Mukendi, pour ne citer que ces 2 noms, avaient été tuées lors des répressions, d’autres arrêtées ou portées disparues. Pendant plusieurs années, le pays avait vécu dans la peur, la tension et d’incertitude politique jusqu’à l’organisation des élections de décembre 2018.

Lorsque Félix Tshisekedi arrive finalement au pouvoir en 2019 après la première alternance pacifique de l’histoire du pays, beaucoup de Congolais pensent alors tourner définitivement cette page. L’espoir renaît et le pays retient son souffle. L’UDPS, parti qui avait perdu de nombreux militants dans la lutte pour la démocratie sous le régime Kabila et Mobutu, semblait porter une autre vision du pouvoir. Beaucoup espéraient voir naître une culture politique plus respectueuse de la Constitution, de l’alternance démocratique et de la démocratie. Pour de nombreux citoyens, l’arrivée de Tshisekedi devait justement empêcher le retour des crises liées à la modification des règles du jeu politique.

Mais aujourd’hui, ce même débat revient avec force. À travers ses récentes déclarations sur un éventuel référendum constitutionnel, Félix Tshisekedi a ramené les inquiétudes d’antan, autour d’un possible maintien au pouvoir au-delà des mandats légaux. Comme sous Joseph Kabila, le camp présidentiel soutient que le peuple doit être libre de décider. Pourtant, pour une partie de l’opinion, cet argument rappelle exactement celui utilisé il y a 10 ans pour préparer un changement constitutionnel. Beaucoup de Congolais ont encore en mémoire les promesses non tenues, les dialogues politiques sans fin et les stratégies qui avaient permis de retarder les élections sous le régime passé. Cette ressemblance donne l’impression qu’on est revenu aux années 2015-2018.

En face, l’opposition reprend elle aussi les mêmes méthodes et le même discours qu’à l’époque de Kabila. Martin Fayulu accuse Félix Tshisekedi d’entretenir la guerre pour prolonger son séjour au sommet de l’État. D’autres opposants comme Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi ou encore Claudel Lubaya multiplient les critiques contre le pouvoir. Tous promettent de s’opposer à toute tentative de modification constitutionnelle. Certains parlent déjà de manifestations populaires pour empêcher un troisième mandat, exactement comme cela avait été le cas contre Joseph Kabila. Les mouvements citoyens, eux aussi, annoncent leur mobilisation. La LUCHA, Filimbi et plusieurs organisations affirment être prêtes à descendre de nouveau dans la rue pour défendre la Constitution.

Même les rebelles du M23 se sont invités dans ce débat politique, dans un contexte où l’Est du pays reste plongé dans l’insécurité. Cette situation rend l’atmosphère encore plus explosive. Plusieurs opposants accusent désormais le pouvoir d’utiliser la guerre comme prétexte pour retarder les échéances électorales ou justifier un changement constitutionnel. Ce discours rappelle encore une fois les accusations formulées contre Joseph Kabila lorsque les élections avaient été reportées à plusieurs reprises à cause de l’insécurité et des difficultés logistiques. Le retour de ces soupçons montre à quel point la confiance entre le pouvoir et une partie de la population

La RDC semble ainsi enfermée dans un cycle politique qui se répète presque à l’identique. À chaque fin de mandat, les mêmes débats ressurgissent : révision constitutionnelle, peur du glissement, manifestations de rue, violences politiques et interventions des Églises. Comme en 2016, les Églises catholique et protestante commencent déjà à hausser le ton face aux tensions politiques actuelles. Une partie de la société civile redoute que le pays replonge dans les affrontements entre manifestants et forces de sécurité. Beaucoup craignent aussi de nouveaux morts si les tensions continuent de monter dans les prochains mois.

De ce tableau, il se déduit la difficulté pour les dirigeants congolais à quitter le pouvoir sans pression populaire. Depuis plusieurs décennies, les transitions politiques en RDC restent souvent accompagnées de crises, de tensions et parfois de violences. L’alternance pacifique de 2019 avait pourtant laissé croire que le pays pouvait progressivement évoluer vers une démocratie plus stable. Mais les débats actuels montrent que les vieilles pratiques politiques n’ont pas totalement disparu. À mesure que 2028 approche, une question revient avec insistance dans les discussions politiques : Félix Tshisekedi acceptera-t-il de quitter le pouvoir à la fin de son mandat ou la RDC s’apprête-t-elle encore à traverser une nouvelle crise politique majeure ? Attendons voir, car l’avenir nous y répondra clairement.

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