Par Gédéon Antibu
De nouveaux mouvements des rebelles de l’AFC/M23 ont été signalés dans plusieurs localités de la plaine de la Ruzizi, au Sud-Kivu, notamment à Sange, Kabunambo, Kigurwe, Mutarule, Lubirizi, Bwegera, Luvungi et Remera. Selon différentes sources locales, des responsables militaires du mouvement ainsi que plusieurs agents civils chargés de l’administration des zones occupées ont quitté leurs positions dans la nuit de dimanche à ce lundi 11 mai. Des bureaux et résidences utilisés jusque-là par les cadres du mouvement auraient été abandonnés, marquant un changement visible par rapport à la présence installée que les rebelles maintenaient depuis plusieurs semaines dans cette partie du territoire d’Uvira.
Dans plusieurs quartiers de Sange, rapportent les mêmes sources, les habitants disent avoir observé des déplacements inhabituels durant la nuit et les premières heures de la matinée. Certaines sources indiquent que le quartier général installé à Kinanira, au niveau du Zishakulwe Lodge, serait désormais vide. Toutefois, ce retrait ne semble pas encore total. Plusieurs combattants armés continueraient d’être visibles dans certaines avenues de la cité et autour de plusieurs points stratégiques. Le pont de Sange serait toujours surveillé, avec la présence toujours signalée de rebelles qui continueraient même de maintenir encore une barrière de contrôle sur cet axe reliant différentes localités de la plaine de la Ruzizi. Mas, la situation met dans la confusion la population locale, qui ne sait pas encore s’il s’agit d’un départ définitif ou d’un simple repositionnement.
Au même moment, des éléments des FARDC appuyés par des combattants wazalendo seraient déjà signalés dans la cité de Sange ainsi que dans le groupement de Kabunambo. Plusieurs habitants affirment avoir aperçu les forces progouvernementales aux alentours du pont de Sange dès les premières heures de lundi. Malgré ces informations relayées sur le terrain, aucune communication officielle n’a encore été faite par l’armée congolaise concernant une éventuelle reprise du contrôle de ces agglomérations. Les rebelles, de leur côté, n’ont pas non plus expliqué les raisons de ces mouvements observés dans le Sud-Kivu.
Ces retraits interviennent dans un contexte où la pression internationale s’est accrue sur le M23. Après les mouvements déjà signalés dans certaines zones du territoire de Lubero au Nord-Kivu, plusieurs observateurs voient dans ces retraits du M23 une tentative de réorganisation sur le terrain dans le cadre des discussions en cours. Dans les localités concernées, la prudence reste cependant de mise. Des acteurs de la société civile craignent que cette situation ne soit qu’une stratégie militaire temporaire visant à repositionner les combattants vers d’autres zones, plutôt qu’un retrait définitif conformément aux engagements pris dans le cadre des processus de paix de Doha.
Il y a quelques semaines déjà, le M23 avait amorcé un retrait dans plusieurs agglomérations du territoire de Lubero, au Nord-Kivu, même si les rebelles n’étaient pas allés plus loin dans leur repli. Plusieurs informations affirmaient déjà que ces mouvements étaient dûs à une forte pression diplomatique exercée au niveau international, particulièrement par les États-Unis et certains partenaires impliqués dans les efforts de paix. Dans le Sud-Kivu, certaines sources indiquent que les rebelles seraient contraints de se retirer jusqu’à 75 kilomètres de leurs positions occupées ces derniers mois. Pour plusieurs observateurs, il s’agit de signaux encourageants montrant que la voie diplomatique commence progressivement à produire des résultats là où les opérations militaires n’ont pas toujours permis d’obtenir des avancées notables. Malgré cela, de nombreuses grandes agglomérations restent encore sous contrôle de la rébellion, preuve que le chemin vers une stabilisation complète demeure encore long.
Pour l’instant, la situation sécuritaire demeure incertaine dans la plaine de la Ruzizi. Dans plusieurs agglomérations, les habitants suivent avec curiosité l’évolution des mouvements de la situation.













