«Où est passée l’ECC qu’on a connue ?» : Kikuni accuse les protestants de fuir leurs responsabilités sur la question de la constitution

«Où est passée l’ECC qu’on a connue ?» : Kikuni accuse les protestants de fuir leurs responsabilités sur la question de la constitution

La déclaration issue de la 66e session extraordinaire de l’Église du Christ au Congo (ECC) a fait réagir des opposants. Parmi les voix les plus critiques, celle de Seth Kikuni se distingue par la dureté de son ton et par son incompréhension affichée face à la position adoptée par l’institution religieuse sur la question des réformes constitutionnelles. Dans une note ouverte adressée aux dirigeants de l’ECC, il dit ne plus reconnaître une Église qu’il considérait jadis comme une voix forte dans la défense de la démocratie et des libertés publiques en République démocratique du Congo.

Par Gédéon Antibu

Dès le début de sa prise de position, l’opposant exprime son trouble face au contenu de la déclaration de l’ECC, qu’il accuse de manquer de courage et de clarté. Il insiste sur le fait qu’il a relu plusieurs fois le texte sans parvenir à en saisir la portée réelle, non pas à cause de sa complexité, mais à cause de ce qu’il considère comme une absence de position ferme.

«Révérends André-Gédéon Bokundoa, Éric Senga, et vous tous, pasteurs et dirigeants de l’ECC, je dois vous avouer une chose : je n’ai pas compris. Non, je n’ai pas compris votre déclaration de la 66e session extraordinaire. Pourtant, je l’ai lue plusieurs fois, lentement, en essayant de peser chaque mot, de trouver la sagesse que vous dites incarner. Mais plus je lis, plus je suis sidéré. Non pas par la complexité du texte, mais par son absence de courage», dit-il.

L’un des points centraux de sa critique concerne la formulation de l’ECC selon laquelle les différentes réflexions sur les réformes constitutionnelles seraient « pertinentes et constructives ». Pour Seth Kikuni, cette approche revient à mettre sur un pied d’égalité des positions qu’il estime totalement opposées sur le plan démocratique. Il estime que l’Église aurait dû trancher plus clairement dans un contexte qu’il considère comme très délicat pour la stabilité du pays. Dans sa lettre, il dénonce cette posture « ambiguë »

« Vous avez invité le pouvoir et l’opposition. Vous les avez écoutés. Et vous concluez qu’il faut un « dialogue national inclusif ». Mais vous oubliez une chose essentielle : ce débat n’est pas un débat d’idées. C’est un combat pour la survie de notre État de droit ».

Dans la suite de son argumentaire, l’opposant défend l’idée que la Constitution du 18 février 2006 reste un acquis fondamental issu d’un long processus de transition politique, et qu’elle ne devrait pas être remise en cause dans le contexte actuel marqué par des crises sécuritaires et sociales. Il reconnaît que ce texte n’est pas parfait, mais insiste sur sa valeur historique et stabilisatrice. Il écrit ainsi :

«La Constitution du 18 février 2006 n’est pas parfaite. Aucune constitution humaine ne l’est. Mais elle est le fruit d’un pacte républicain, né après des années de guerre et de transition. La remettre en cause aujourd’hui n’est pas un exercice démocratique. C’est une folie».

Au-delà du débat juridique et institutionnel, Seth Kikuni reproche également à l’ECC de s’éloigner des préoccupations réelles de la population congolaise. Selon lui, les citoyens attendent avant tout des réponses concrètes aux problèmes de sécurité, de pauvreté et d’accès aux services de base, et non une ouverture de débat sur les institutions politiques. Il évoque les différentes crises que traverse le pays, notamment dans l’Est et dans plusieurs zones urbaines.

«Vous dites que le peuple est détenteur de la souveraineté. C’est vrai. Mais quel peuple ? Celui qui vit sous les bombes au Nord-Kivu ? Celui qui fuit Ebola en Ituri ? Celui qui vit sous la menace des machettes dans le Grand Katanga ? Celui qui n’a pas mangé à sa faim depuis des semaines à Kinshasa ? Ce peuple-là n’a pas demandé un changement de la Constitution», renchérit l’opposant.

L’opposant interpelle directement les dirigeants de l’ECC en leur demandant de retrouver ce qu’il considère comme leur rôle historique dans la défense des principes démocratiques. Il les accuse implicitement de se réfugier dans une neutralité qu’il juge dangereuse, et appelle l’Église à sortir de ce qu’il considère comme une forme d’hésitation. Pour lui, la question centrale est désormais celle de la responsabilité morale de l’institution face à l’avenir du pays. Où est passée l’ECC que les Congolais ont connue? », peut-on lire dans la pensée de l’opposant

Dans sa conclusion, Seth Kikuni appelle l’ECC à mettre fin à ce qu’il considère comme une ambiguïté institutionnelle et à assumer pleinement une parole prophétique face aux enjeux de l’heure. Il estime que l’Église ne peut pas se contenter d’écouter les différentes parties sans prendre position sur ce qu’il considère comme un risque majeur pour l’État de droit. Pour lui, le silence ou la neutralité équivaudrait à une forme de renoncement à la mission historique de l’institution.

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