Par Gédéon Antibu
Les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri continuent de faire face à une crise humanitaire indescriptible malgré une accalmie observée sur plusieurs lignes de fronts. Dans ses derniers rapports de la situation publiés le 15 juin, OCHA indique que les violences armées, les déplacements de population et la progression de l’épidémie d’Ebola continuent de mettre en difficulté des millions de citoyens dans l’est du pays. Au total, les 2 provinces comptent désormais près de 2,83 millions de déplacés internes, dont 1,83 million au Nord-Kivu et 999 000 en Ituri.
Au Nord-Kivu, les territoires de Masisi, Rutshuru, Walikale et Beni sont les plus touchés par le drame. Les affrontements armés y provoquent de nouveaux déplacements et rendent difficile l’accès aux services essentiels Les besoins en nourriture, en soins de santé, en protection et en assistance d’urgence continuent d’augmenter dans plusieurs localités, mentionne le rapport.
« Les violences armées dans les territoires de Masisi, Rutshuru, Walikale et Beni continuent de générer des besoins humanitaires critiques et d’accroître les risques d’extension de l’insécurité vers les zones d’accueil », indique le document.
La situation est particulièrement préoccupante dans le territoire de Masisi. Selon OCHA, plus de 277 000 personnes déplacées y ont besoin d’une assistance multisectorielle urgente. L’organisation humanitaire de l’ONU souligne que les besoins restent très élevés alors que les ressources disponibles sont insuffisantes pour répondre à toutes les urgences.
À cette situation sécuritaire déjà difficile s’ajoute désormais la menace d’Ebola. Les humanitaires craignent que l’extension de l’épidémie au Nord-Kivu ne vienne compliquer davantage la vie des populations vivant dans des zones déjà affectées par la guerre.
Dans le territoire de Rutshuru, les affrontements armés continuent d’affecter aussi les populations civiles. Des combats signalés à Rumangabo au mois de mai ont perturbé les mouvements des habitants ainsi que le trafic sur plusieurs axes routiers. Une frappe de drone dans cette localité a également renforcé les inquiétudes concernant la sécurité des civils, rejoute OCHA.
« L’insécurité routière continue de limiter les opérations humanitaires. Entre janvier et mai 2026, au moins 7 braquages ciblant des convois humanitaires ont été rapportés sur l’axe Kiwanja-Kanyabayonga », rappelle-t-elle.
Malgré ces difficultés, les acteurs humanitaires poursuivent leurs interventions. Au cours du mois de mai, environ 440 000 personnes ont reçu une assistance en eau, hygiène et assainissement au Nord-Kivu. Dans le groupement de Bukombo, les humanitares ont répertorié près de 19 500 personnes déplacées et retournées mais nécessitant une aide urgente.
En Ituri, la situation reste tout aussi préoccupante. La province est aujourd’hui considérée comme l’épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola. Cette crise sanitaire qui est arrivée alors que plusieurs territoires continuent d’être secoués par des violences armées qui provoquent de nouveaux déplacements, avec des besoins humanitaires importants.
Les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa figurent parmi les zones les plus affectées. Plus de 45 000 personnes restent déplacées à Biakato tandis que plus de 17 000 autres ont récemment fui leurs localités dans le territoire de Mahagi. Cette situation accroît les besoins en nourriture, en abris, en soins de santé et en protection.
Dans le territoire d’Aru, par ailleurs, les populations vivant près de la frontière avec le Soudan du Sud continuent de subir les conséquences des incursions de groupes armés étrangers. Des enlèvements, des violences physiques et des pillages ont été signalés à plusieurs reprises au cours du mois de mai.
« Entre les 11 et 12 mai, plus de 70 civils auraient été enlevés dans les villages d’Ulendere et d’Arile, dans la zone de santé d’Adi. »
À Djugu, l’annonce d’un cessez-le-feu par un groupe armé n’a pas permis l’amélioration de la situation. Les combats ont repris, exposant une nouvelle fois les populations civiles aux attaques et déplacements forcés. Face à cette situation, les organisations humanitaires appellent à un renforcement de la réponse dans les 2 provinces.













