En République démocratique du Congo, les tensions montent entre le pouvoir et l’Église catholique. Depuis que la CENCO a pris position contre tout projet de changement de la Constitution, les attaques contre les évêques se multiplient. Des partisans du régime s’en prennent ouvertement aux prélats, notamment au cardinal Fridolin Ambongo. Certains les accusent de faire de la politique, d’autres vont jusqu’à les présenter comme des adversaires du pouvoir : « Des politiciens en soutanes », disent-ils.
Par Gédéon Antibu
À première vue, cette situation peut paraître nouvelle. Pourtant, elle ne l’est pas. L’histoire du Congo montre que les relations entre les présidents et l’Église catholique ont souvent été compliquées. Chaque fois que le pays traverse de grands débats politiques, les évêques finissent par prendre position. Et chaque fois ou presque, cela crée des tensions avec le pouvoir en place.
Aujourd’hui, la CENCO estime que le pays doit concentrer ses efforts sur le retour de la paix, surtout dans l’est de la RDC. Les évêques pensent que les questions liées à un éventuel référendum ou à une révision de la Constitution ne doivent pas passer avant les préoccupations sécuritaires et sociales. Ils ont même appelé les fidèles à rester vigilants face à toute initiative de changement constitutionnel.
Une position qui a provoqué la colère de plusieurs soutiens du régime. Sur les réseaux sociaux comme dans certaines déclarations publiques, le ton est devenu très dur. Les évêques sont critiqués, insultés et parfois accusés d’être du côté des ennemis du pays. Le débat sur la Constitution est ainsi en train de se transformer en un véritable bras de fer entre le pouvoir et l’Église.
Mais ce bras de fer rappelle beaucoup de souvenirs. Sous Mobutu déjà, les relations avec l’Église catholique étaient souvent tendues. Le cardinal Joseph-Albert Malula n’hésitait pas à critiquer certaines décisions du régime du maréchal qui, pourtant, était quasiment inébranlable. Le désaccord était devenu si profond que le cardinal avait fini par quitter le pays pendant une période avant de revenir quelques années plus tard avec la bénédiction du Vatican.
Avec Laurent-Désiré Kabila, les choses n’ont pas beaucoup changé. Là aussi, des tensions sont apparues entre le pouvoir et certains responsables catholiques. L’Église continuait à donner son avis sur les grandes questions du pays, même lorsque cela dérangeait les autorités.
Sous Joseph Kabila, le conflit a pris une autre dimension. À l’approche de la fin de son mandat, une partie de la population craignait qu’il cherche à rester au pouvoir. L’Église catholique s’est alors retrouvée au premier rang de ceux qui demandaient le respect de la Constitution et l’organisation des élections.
Les marches organisées à l’appel des catholiques ont marqué cette période. Malgré les interdictions et la répression, elles ont continué à mobiliser. Beaucoup de Congolais gardent encore le souvenir de ces manifestations qui ont mis une terrible pression sur l’ancien régime qui a fini par par céder.
C’est pourquoi les événements actuels rappellent un passé déjà vécu. Depuis plusieurs décennies, les évêques catholiques se retrouvent souvent du côté de ceux qui demandent plus de justice, plus de démocratie ou plus de respect des règles. Cela leur vaut régulièrement des conflits avec les dirigeants du moment.
Les présidents passent, mais le scénario semble toujours revenir. Mobutu s’est heurté à l’Église. Laurent-Désiré Kabila aussi. Joseph Kabila également. Aujourd’hui, c’est au tour de Félix Tshisekedi de faire face à une institution qui refuse généralement de garder le silence lorsqu’elle estime que l’avenir du pays est en jeu.
La question est maintenant de savoir jusqu’où ira cette nouvelle confrontation. Les positions de deux camps paraissent de plus en plus éloignées. D’un côté, les partisans du changement constitutionnel défendent le droit du peuple à se prononcer. De l’autre, la CENCO estime que ce débat n’est pas une priorité pour le pays dans le contexte actuel.
Une chose est certaine : la bataille ne fait probablement que commencer. Et comme souvent dans l’histoire du Congo, elle risque de dépasser la seule question de la Constitution pour devenir un débat engagé au sujet de la direction que doit prendre le pays.
Félix Tshisekedi réussira-t-il là où d’autres avant lui se sont retrouvés en difficulté ? Ou assistera-t-on à un nouvel épisode d’un long affrontement entre le pouvoir politique et l’Église catholique ? Pour l’instant, personne ne peut le dire. Mais une fois encore, la CENCO apparaît comme un acteur avec lequel le pouvoir devra compter.













