Plus d’un an après la signature de l’accord de paix de Washington entre Kinshasa et Kigali, les engagements annoncés peinent toujours à se traduire sur le terrain. L’expiration de l’ultimatum fixé par les États-Unis relance les interrogations sur l’avenir de ce processus censé mettre fin à la guerre dans l’est de la RDC.
Par Charles Muhindo
Le 15 juillet 2026 est finalement passé sans que le retrait annoncé des forces rwandaises de l’est de la République démocratique du Congo ne soit visible sur le terrain. Pourtant, cette date était présentée comme une étape importante par les États-Unis, qui avaient demandé un désengagement des troupes rwandaises et des éléments du M23 afin de permettre le retour de l’autorité de l’Etat dans le Nord et Sud-Kivu, notamment. Aujourd’hui, la situation reste presque inchangée dans plusieurs zones contrôlées par le M23.
Au regard de ce tableau, on est en droit de s’interroger : que reste-t-il réellement de l’accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda ? Cet accord, soutenu par les États-Unis, était présenté comme une avancée majeure pour mettre fin à la guerre dans l’est du pays. Mais, plus d’une année après sa signature, les combats continuent et aucune lueur d’espoir ne profile encore à l’horizon.
Depuis le début de ce processus de paix et surtout après la signature de l’accord, Washington a pourtant essayé d’utiliser plusieurs moyens de pression. Il y a peu, les États-Unis ont pris des sanctions contre certains responsables rwandais accusés d’être impliqués dans le conflit. Une raffinerie rwandaise d’or a également été visée par des mesures américaines. L’objectif était de pousser Kigali et les rebelles du M23 à respecter leurs engagements, notamment ceux de stopper l’envahissement des territoires congolais.
Grâce à cette pression, quelques résultats, bien qu’infimes, ont été visibles sur sur le terrain. Le M23 a notamment quitté la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, après l’avoir occupée pendant une courte période. Les rebelles s’étaient aussi retirés de certaines positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu. Ces retraits avaient été considérés comme un signe que les efforts diplomatiques pouvaient avoir un impact sur la situation sur le terrain.
Mais, ces avancées semblent aujourd’hui ne jamais aller plus loin que cela. Le 4 juin dernier, en effet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait déclaré que les forces rwandaises devraient quitter le sol congolais « d’ici à la mi-juillet ». Cette déclaration venant d’un responsable américain de premier plan avait créé un nouvel espoir danz le pays et dans la région. Pourtant, à la date prévue, aucun retrait de l’armée rwandaise n’a été constaté.
Au contraire, Kinshasa affirme que la situation évolue dans une autre direction. Lors du Conseil des ministres du vendredi dernier, le gouvernement congolais a indiqué que les forces rwandaises étaient plutôt en train de renforcer leurs troupes dans l’est du pays. Selon les autorités congolaises, ces mouvements se feraient notamment à partir de l’aéroport de Kavumu, au Sud-Kivu, contrôlé par le M23.
Le gouvernement congolais estime que ces renforts auraient pour objectif de lancer de nouvelles opérations militaires, notamment dans le territoire de Fizi. Comme on le sait, dans cette partie du Sud-Kivu, les rebelles ont récemment pris le contrôle de Point Zéro, une position très stratégique et font planer la menace sur d’autres zones comme la ville de Baraka même si une résistance des troupes congolaises est observée sur le terrain.
Le climat actuel sur la ligne de front est la preuve que les déclarations diplomatiques contrastent encore avec la réalité dans les zones en guerre. Alors qu’à l’internationale (États-Unis), on parle déjà d’une paix gagnée grâce à l’accord de Washington, les combats continuent et les rebelles semblent encore se renforcer davantage. Pour de nombreux observateurs, la question n’est donc plus seulement de savoir ce qui a été signé, mais surtout comment faire respecter les engagements pris.
Les États-Unis qui sont le principal parrain de l’accord de Washington, doivent décider de la suite à donner à ce processus. La question est de savoir s’ils vont multiplier la pression sur Kigali et le M23 ou continuer à formuler des déclarations qui ne concordent pas avec la situation dans l’Est du pays.
Plus d’un an après la signature de l’accord de Washington, le principal défi reste donc son application réelle sur le terrain. Sans retrait effectif des forces rwandaises et sans arrêt des combats, cet accord risque de perdre toute sa valeur aux yeux des Congolais qui attendent toujours désespérément le retour de la paix dans l’est de la RDC.













