Les Nations unies viennent d’ajouter Corneille Nangaa à leur liste des personnes sanctionnées pour leur implication dans la crise qui secoue l’est de la République démocratique du Congo. Le coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo, dont fait partie le M23, est visé aux côtés de plusieurs responsables de ce mouvement, mais aussi des FDLR, des ADF et du groupe Twirwaneho. Comme lors des sanctions qui ont précédé, les mesures portent notamment sur le gel des avoirs, l’interdiction de voyager et l’embargo sur les armes.
Par Charles Muhindo
À première vue, cette décision paraît être une volonté de la communauté internationale de faire pression sur les acteurs accusés de mener la guerre dans l’est du pays. Elle intervient d’ailleurs après plusieurs autres sanctions prises ces derniers mois par les États-Unis contre l’ancien président Joseph Kabila, des responsables de l’armée rwandaise ainsi qu’une raffinerie d’or installée au Rwanda. L’impression qui se dégage est que la pression internationale est de plus en plus forte sur les animateurs des groupes armés.
Mais une question revient chaque fois qu’une nouvelle série de sanctions est annoncée : ces mesures changent-elles réellement la situation sur le terrain ? Pour beaucoup de Congolais, cela n’est pas du tout évident. Car, pendant que les communiqués se multiplient à New York, à Washington ou dans les capitales occidentales, les combats continuent, les populations fuient leurs villages et les groupes armés restent actifs dans plusieurs territoires.
L’exemple de Sultani Makenga est sans doute le plus illustratif pour mieux soutenir cette interrogation. Le chef militaire du M23 est sous sanctions des Nations unies depuis le 13 novembre 2012. À l’époque déjà, il était l’un des principaux responsables de la rébellion. Pourtant, près de 14 ans après, il est toujours présenté comme l’une des figures majeures du M23, un mouvement qui contrôle aujourd’hui plusieurs agglomérations dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Ce simple constat pousse à réfléchir. Si un chef rebelle peut rester sous sanctions pendant plus d’une décennie sans renoncer à ses activités, beaucoup se demandent quel est la véritable incidence de ces mesures. Les sanctions ont-elles réellement pour objectif de faire reculer les responsables des groupes armés ou permettent-elles surtout de montrer que la communauté internationale ne reste pas les bras croisés ?
Ces interrogations sont d’autant plus nombreuses que la liste des personnalités sanctionnées ne cesse de s’allonger. Hier Makenga, aujourd’hui Nangaa, sans oublier Joseph Kabila, des officiers rwandais ou encore des entreprises accusées d’entretien les circuits économiques du conflit. Malgré cela, la guerre s’enlise et la souffrance des populations reste la même.
Sur le papier, les sanctions poursuivent pourtant un objectif clair. Elles sont censées mettre en difficulté les personnes visées, limiter leurs déplacements, bloquer leurs moyens financiers et compliquer leur capacité à poursuivre leurs activités. Elles sont censées passer un message que les auteurs présumés de violations graves ne resteront pas impunis.
Mais dans les faits, leurs effets peinent à être perceptibles. Lorsqu’il est annoncé que les avoirs d’un responsable d’un groupe armé sont gelés, certains se demandent si celui-ci possède réellement des comptes ou des biens dans les pays où ces sanctions sont appliquées. De la même manière, une interdiction de voyager peut sembler sans impact si l’acteur visé n’est pas enclin aux déplacements à l’étranger.
En plus, un mouvement comme le M23 ne repose pas uniquement sur un chef. Il a des soutiens à l’interne et à l’extérieur du pays, des circuits de financement, des approvisionnements et des alliés qui ne sont pas nécessairement affectés lorsqu’une poignée de dirigeants du mouvement rebelle est sanctionnée. Ainsi, les sanctions individuelles risquent de ne pas avoir un impact réel sur le groupe militaire.
Certains analystes estiment que si la communauté internationale décidait d’exercer réellement une pression sur les acteurs impliqués dans le conflit, y compris sur les soutiens extérieurs des groupes armés, les lignes pourraient bouger sur la ligne de front. Une chose est certaine : à chaque nouvelle annonce de sanctions, les attentes sont grandes. Les populations espèrent voir les hostilités prendre fin, les territoires occupés être libérés et les civils retrouver une vie normale. Mais lorsque la situation reste telle quelle, le doute s’installe et une certaine opinion finit par estimer que les sanctions ne sont devenues que de simples somnifères pour endormir les Congolais.













