Plus de 2.100 cas confirmés, 828 décès, 46 zones de santé touchées en 2 mois : doit-on s’inquiéter face à la progression inarrêtable d’Ebola en RDC?

Plus de 2.100 cas confirmés, 828 décès, 46 zones de santé touchées en 2 mois : doit-on s’inquiéter face à la progression inarrêtable d’Ebola en RDC?

Par Charles Muhindo

Deux mois après la déclaration de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, les chiffres ne cessent de grimper. Selon le rapport de la situation jusqu’au 15 juillet, le pays comptait déjà 2.124 cas confirmés et 828 décès. La malade touche désormais 46 zones de santé dans 5 provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo. En seulement 24 heures, 51 nouveaux cas ont été enregistrés, dont 41 en Ituri, l’épicentre de l’épidémie. La maladie a également touché la zone de santé de Mahagi, près de la frontière avec l’Ouganda.

Ces chiffres inquiètent d’autant plus que cette épidémie évolue beaucoup plus vite que les épidémies précédentes. Selon le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, l’épidémie de 2018-2019 avait fait plus de 10 mois pour dépasser les 2 000 cas confirmés. Cette fois, ce cap a été franchi en seulement 2 mois pour la 17e épidémie. L’OMS a même estimé que les chiffres officiels communiqués par les autorités congolaises pourraient 2 à 4 fois en dessous des données réelles.

Si la situation préoccupe autant, c’est aussi parce que les médecins ne disposent toujours pas de vaccin ni de traitement homologués contre cette souche du virus Ebola. Même si les autorités sanitaires rapportent que des essais sont en cours, ces derniers n’ont pas encore abouti à de résultats pouvant être utilisés dans la riposte. En attendant, les équipes médicales continuent de miser sur le dépistage rapide et la prise en charge des malades pour tenter de sauver les vies.

Sur le terrain, la riposte peine encore à bien s’installer et à suivre le rythme de la maladie. Plusieurs agents engagés contre Ebola dénoncent des retards dans le paiement de leurs primes. Pourtant, ce sont eux qui travaillent chaque jour dans les centres de traitement, s’occupent du suivi des contacts et sensibilisent les communautés. À cela s’ajoute le manque de moyens. Malgré les promesses de financement faites par les partenaires internationaux, les fonds ne sont pas là pour répondre à l’ampleur de l’épidémie.

L’insécurité complique également la lutte contre Ebola. Dans plusieurs zones, les conflits armés ne permettent pas aux équipes sanitaires d’accéder à certaines contrées. Cette semaine encore, dans la nuit du mercredi au jeudi dernier, un centre de traitement Ebola a été attaqué à Nyakunde, dans l’Ituri.

Un autre problème concerne les déplacements des populations. Jusqu’à présent, aucune mesure importante n’a été prise pour limiter les mouvements entre les provinces touchées et celles qui ne le sont pas encore. Pourtant, une personne infectée peut quitter une zone affectée, voyager vers une autre ville et y transmettre le virus avant même que la maladie ne soit détectée. À cela s’ajoute la résistance observée dans certaines communautés, où des malades échappent encore à la surveillance des équipes médicales ou refusent même de se faire prendre en charge.

Quelques bonnes nouvelles existent malgré tout. Plus de 390 personnes ont déjà été déclarées guéries depuis le début de cette épidémie. Ces guérisons montrent qu’une prise en charge rapide peut sauver des vies. Mais elles restent encore minimes au regard de la vitesse à laquelle la maladie continue de se propager. Après seulement 2 mois, Ebola a déjà dépassé les 2 100 cas confirmés, fait plus de 800 morts et s’est étendu à 46 zones de santé. En comparaison avec les précédentes épidémies, jamais cette épidémie ne s’est propagée aussi rapidement. Sans vaccin, sans traitement homologué, avec une riposte sans moyens, face à l’insécurité et aux résistances des habitants sur le terrain, les raisons de s’inquiéter sont bien là. Si des mesures plus rigoureuses ne sont pas prises au plus tôt, cette épidémie pourrait devenir l’une des plus dévastatrices que la RDC n’ait jamais connues.

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