Affaire FRIVAO : Constant Mutamba veut-il que justice soit rendue ou cherche-t-il plutôt à se faire passer, aux yeux de l’opinion, pour la victime du système ?

Affaire FRIVAO : Constant Mutamba veut-il que justice soit rendue ou cherche-t-il plutôt à se faire passer, aux yeux de l’opinion, pour la victime du système ?

Bien qu’il ait déjà quitté le gouvernement, Constant Mutamba continue de faire parler de lui presque à chacune de ses apparitions devant la justice. Lorsqu’il était ministre de la Justice, si certains saluaient son courage, d’autres lui reprochaient déjà une attitude populiste face aux événements politiques, sociaux ou judiciaires. Selon ses détracteurs, il cherchait souvent à attirer l’attention de l’opinion par des déclarations et des gestes spectaculaires, qui n’avaient souvent rien à voir avec le travail de fond attendu pour réformer une justice que Félix Tshisekedi lui-même avait qualifiée de « malade ».

Par Charles Muhindo

Aujourd’hui, le même regard est porté sur les gestes du leader de la NOGEC. Poursuivi dans le dossier des fonds du FRIVAO et déjà condamné dans cette affaire, l’ancien ministre continue de dénoncer ce qu’il présente comme de graves irrégularités.

Ce lundi 27 juillet, devant la Cour de cassation, il a quitté la salle d’audience après avoir affirmé que sa citation à comparaître comportait de fausses mentions. Estimant que ses droits n’étaient pas respectés, il a refusé de poursuivre les débats, déclarant préférer boire la ciguë, comme Socrate, plutôt que de participer à une procédure qu’il juge irrégulière.

Après avoir quitté la salle, Constant Mutamba s’est adressé à la presse. Il a dénoncé ce qu’il considère comme un acharnement contre sa personne et a lancé une phrase qui a aussitôt fait le tour des réseaux sociaux : « Par sorcellerie, ils m’ont transformé de témoin en prévenu », a-t-il déclaré.

Une nouvelle sortie qui n’a pas laissé de nombreux observateurs et critiques indifférents. Il est évident que personne ne peut affirmer d’avance que les dénonciations de Constant Mutamba ne sont pas fondées. La justice congolaise est régulièrement critiquée pour son fonctionnement, et des accusations d’instrumentalisation ou de règlements de comptes existent depuis longtemps. Si l’ancien ministre estime que ses droits sont violés, il est en droit de le dénoncer et d’exiger un procès équitable.

Cependant, la manière dont il mène ce combat soulève également des questions. À presque chaque audience, les images de ses gestes, de ses déclarations ou de ses sorties médiatiques semblent toujours l’emporter sur les véritables questions de droit. Par exemple, lors de la précédente audience, il était apparu le poing levé, saluant ses partisans dans la salle. Cette fois, il a quitté la salle avant de prendre la parole devant les journalistes. Ainsi, ses apparitions publiques semblent n’avoir qu’un seul objectif : s’attirer la sympathie de l’opinion publique.

C’est d’ailleurs là que la question se pose. Constant Mutamba cherche-t-il avant tout à obtenir que justice soit rendue ou veut-il surtout convaincre les Congolais qu’il est la victime d’un système qui cherche à le faire tomber ? Les deux hypothèses peuvent coexister. Mais, vues de l’extérieur, certaines de ses attitudes donnent l’impression que la bataille pour gagner l’opinion congolaise à sa cause est peut-être devenue plus importante que la bataille judiciaire elle-même.

Cette impression tient surtout au fait qu’il ne s’agit pas d’un justiciable comme les autres. Constant Mutamba a dirigé le ministère de la Justice. Il connaît les règles de procédure et les mécanismes de défense prévus par la loi. Beaucoup s’attendaient donc à le voir laisser ses avocats mener le combat juridique, tandis que lui se concentrerait sur sa défense devant les juges.

Cette manière d’agir ne convainc d’ailleurs pas tout le monde. Réagissant à ces différents épisodes, un procureur résume son point de vue en ces termes :

« Des attitudes destinées à susciter la sympathie, mais creuses sur le plan du droit judiciaire. Qu’il laisse ses avocats parler droit et qu’il se taise. Le droit est un art ; ce n’est pas comme la politique, où tout le monde ose », réagit-il à l’attitude de l’ex-Garde des Sceaux.

Au bout du compte, seule la suite de la procédure permettra de dire si Constant Mutamba avait raison de dénoncer les irrégularités ou si la justice a correctement dit le droit. Mais, en multipliant les gestes et les déclarations publiques de nature à faire parler de lui, l’ancien ministre laisse aussi une autre question en suspens : cherche-t-il seulement à obtenir justice ou veut-il surtout apparaître, aux yeux de l’opinion, comme la victime d’un système qui s’acharne contre lui ? Seul l’avenir permettra d’y répondre clairement.

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