Il y a quelques années encore, les avions de Congo Airways étaient visibles dans le ciel congolais. Pour beaucoup de Congolais, voir ces appareils aux couleurs nationales était une source de fierté. La compagnie avait même été surnommée le « Léopard volant ». À sa création, en 2015, elle était présentée comme la compagnie aérienne nationale appelée à faciliter les déplacements entre les différentes villes du pays. Mais, au fil du temps, la situation s’est dégradée. Les avions ont commencé à être immobilisés, les vols ont cessé et Congo Airways s’est retrouvée avec une flotte qui ne permet plus aujourd’hui d’assurer normalement ses activités.
Par Charles Muhindo
Pourtant, l’État congolais a donné l’impression de tout mettre en œuvre pour sauver la compagnie et faire revoler le « Léopard volant ». Des moyens importants ont été débloqués pour tenter de relancer ses activités. Un plan de relance de 33 millions de dollars avait notamment été annoncé afin de permettre à la compagnie de reprendre ses opérations. Mais, malgré ces fonds et les différentes initiatives engagées, la situation n’a guère évolué. En mars 2026, Félix Tshisekedi avait encore demandé l’élaboration d’un nouveau plan de relance pour tenter de trouver une issue aux difficultés de la compagnie.
Dans cette tentative de relance, le cas des avions immobilisés demeure particulièrement difficile à comprendre. Des appareils ont été acquis ou mis à la disposition de Congo Airways afin de lui permettre de reprendre ses activités, mais ils restent toujours cloués au sol à l’aéroport international de N’djili depuis plusieurs mois. Le problème ne réside donc plus seulement dans l’acquisition d’avions. Encore faut-il être en mesure de les exploiter. Cela nécessite notamment des pilotes qualifiés, des techniciens, des pièces de rechange, une maintenance régulière ainsi qu’une documentation technique conforme et à jour.
Les trois avions acquis par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) suscitent également des interrogations. La CNSS avait présenté cette opération comme un investissement destiné à soutenir le transport aérien national dans le cadre d’un partenariat avec Congo Airways. Pourtant, plusieurs mois après leur acquisition, ces appareils ne sont toujours pas exploités comme prévu. Des questions se posent dès lors sur leur utilisation, leur rentabilité et les conditions dans lesquelles cet investissement a été réalisé. La CNSS étant chargée de gérer les ressources destinées aux travailleurs congolais, ses dirigeants doivent des explications sur cette opération.
Cette situation démontre qu’il ne suffit pas d’acheter des avions pour relancer une compagnie aérienne. L’exemple des trois appareils toujours immobilisés montre qu’un avion peut être présent sur le tarmac sans jamais décoller si les conditions nécessaires à son exploitation ne sont pas réunies, notamment en raison d’un manque de pilotes, de pièces de rechange ou de difficultés liées à la documentation technique. Pendant ce temps, les appareils restent immobilisés alors que les fonds destinés à leur acquisition ont déjà été dépensés.
Les Congolais sont en droit de s’interroger sur l’utilisation des fonds publics. À chaque annonce de relance de Congo Airways, de nouveaux moyens sont mobilisés et de nouvelles promesses sont formulées. Puis, les mêmes difficultés réapparaissent et la compagnie peine à renaître, tandis que les dépenses continuent. Si des mesures appropriées ne sont pas prises rapidement, ces avions acquis grâce à l’argent du contribuable risquent de ne jamais être utilisés et les millions de dollars investis pourraient être définitivement perdus.
Face aux difficultés persistantes de Congo Airways, le gouvernement a créé une nouvelle compagnie nationale, Air Congo, en partenariat avec Ethiopian Airlines. Cette nouvelle compagnie a lancé ses opérations avec l’appui du groupe éthiopien. Des avions sont désormais en service dans le cadre de cette coopération, permettant à la RDC de maintenir une présence dans le transport aérien.
Une question demeure toutefois : pourquoi créer une nouvelle compagnie alors que Congo Airways existait déjà ? C’est l’une des principales interrogations que se posent aujourd’hui de nombreux citoyens. Congo Airways avait précisément été créée pour remplir ce rôle de compagnie nationale et avait déjà bénéficié de plusieurs interventions financières de l’État. Malgré cela, elle n’a pas réussi à se redresser et le pays s’est finalement tourné vers Air Congo pour assurer cette mission avec un nouveau partenaire.
Il est incontestable qu’Ethiopian Airlines possède une solide expérience dans le secteur aérien et dispose d’une organisation lui permettant d’exploiter une importante flotte d’appareils. Cette expertise constitue un atout pour Air Congo. Toutefois, elle ne résout en rien le problème laissé par Congo Airways, notamment celui des avions immobilisés et des importantes sommes déjà engagées dans cette ancienne compagnie nationale.
Concernant les trois avions acquis par la CNSS, des réponses précises sont attendues. Il importe de savoir combien ces appareils ont coûté, pourquoi ils ne sont toujours pas exploités, quels revenus ils ont générés jusqu’à présent et à partir de quand ils pourront réellement produire des recettes. Les institutions de contrôle, notamment l’Inspection générale des finances (IGF) et la Cour des comptes, ont également un rôle à jouer afin de vérifier les conditions dans lesquelles cette opération a été menée ainsi que l’utilisation des ressources publiques engagées. Les Congolais ont le droit d’obtenir ces réponses, d’autant plus que le prix des billets d’avion demeure parmi les plus élevés du continent.
À ses débuts, Congo Airways faisait rêver de nombreux Congolais. Ses avions avaient redonné au pays une certaine fierté et laissé espérer que la RDC disposerait durablement d’une compagnie aérienne nationale performante. Aujourd’hui, cette ambition semble s’effondrer, sans qu’une solution durable n’ait encore été trouvée.
Avec Air Congo, qui collabore désormais avec Ethiopian Airlines, le pays dispose d’une nouvelle compagnie pour assurer le transport aérien. Mais le dossier Congo Airways reste entier. Que deviendront les avions immobilisés ? Quel sera le sort des sommes déjà dépensées ? Et surtout, faut-il encore engager des fonds publics pour tenter de sauver Congo Airways ? Autant de questions auxquelles les autorités devront répondre si elles veulent éviter que le « Léopard volant » ne disparaisse définitivement de l’histoire de l’aviation congolaise.













