La crise politique que traverse actuellement la République démocratique du Congo devrait pousser les acteurs politiques à regarder dans le passé. Comme depuis quelques années, les positions restent très contradictoires sur plusieurs questions, alors que le pays fait face en même temps à une situation sécuritaire particulièrement difficile. Dans ce contexte, des voix appellent les acteurs politiques à dépasser leurs égos et les querelle de positionnement pour trouver des compromis dans l’intérêt du pays.
Par Charles Muhindo
L’histoire politique de la RDC montre pourtant que les divisions entre les acteurs politiques ont souvent produit des conséquences inattendues. À plusieurs reprises, les affrontements entre les principaux leaders ont fini par affaiblir davantage les institutions et créer les conditions permettant à d’autres forces de profiter de l’occasion et de s’imposer.
C’est d’ailleurs dans cette perspective que l’acteur de la société civile Jean-Claude Katende invite les responsables politiques actuels, aussi bien du camp de Félix Tshisekedi que de l’opposition, à regarder les épisodes douloureux de l’histoire du pays pour en tirer les leçons.
Il revient notamment sur les premières années de l’indépendance et les rapports difficiles entre le président Joseph Kasa-Vubu et son Premier ministre Patrice-Emery Lumumba. Selon lui, leur incapacité à s’entendre pour faire avancer le pays avait fini par à créer un contexte dans lequel d’autres acteurs ont pu se hisser.
« Incapables de s’entendre pour avancer ensemble, le président Mobutu avait surgi avec l’aide des puissances occidentales pour neutraliser Kasa-Vubu et Lumumba. Nous connaissons la suite. C’est Mobutu, un homme qui n’était pas attendu, qui en est sorti vainqueur », rappelle-t-il.
Pour Katende, cette période constitue une première leçon pour la classe politique actuelle. Lorsque les principaux responsables d’un pays restent enfermés dans leurs divisions et ne parviennent pas à trouver un minimum d’entente, la crise peut prendre une direction qui leur échappe progressivement tous.
Il cite ensuite le long bras de fer entre le régime de Mobutu et son opposition, avec l’UDPS d’Étienne Tshisekedi comme l’une des principales forces de contestation. Pendant plusieurs années, les 2 camps sont restés opposés, sans parvenir à trouver une solution politique commune.
Selon sa lecture, cette situation a également divisé le pays de sorte que l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila a finalement renversé le régime de Mobutu en 1997, avec l’appui notamment du Rwanda et de l’Ouganda. Katende estime que, dans ce nouvel épisode, ni le pouvoir de Mobutu ni l’opposition n’ont finalement été les véritables gagnants.
«Incapables de s’entendre pour diriger le pays ensemble, ils ont donné la chance à une force soutenue par les puissances occidentales d’émerger et de prendre le pays, c’est l’AFDL. Le président Mobutu et l’opposition ont été neutralisés par le président Kabila avec les agresseurs rwandais. C’est l’AFDL qui avait gagné», écrit-il sur X ce mardi.
C’est à partir de ces précédents que l’acteur de la société civile pose la question de la situation actuelle. Aujourd’hui, la crise oppose de nouveau le pouvoir et l’opposition, alors que le pays est confronté à une autre crise sécuritaire et à d’autres de nombreux défis politiques.
«Querelles et mésententes entre le président Tshisekedi et l’opposition : incapables de s’entendre sur l’essentiel pour faire avancer le pays. Qui gagnera ?», s’interroge-t-il.
Pour Katende, cette question devrait interpeller les 2 camps. Le pouvoir peut chercher à se maintenir et l’opposition à obtenir une nouvelle donne politique, mais le pays, lui, continue de subir les conséquences de ces affrontements. Ainsi, il urge qu’un accord soit trouvé sans qu’il ne soit considéré comme une victoire de l’un sur l’autre. L’objectif devrait plutôt être de trouver un terrain d’entente permettant à la RDC de faire face à ses problèmes. Car si chaque camp cherche uniquement à sortir vainqueur de cette guerre, il existe un risque que tous se retrouvent finalement perdants devant une situation qu’ils n’auraient pas provoquée.
C’est justement cette éventualité qui inquiète Jean-Claude Katende. Il estime que les responsables politiques congolais doivent se méfier de leurs divisions et des conséquences qu’elles peuvent entraîner.
«Ma crainte est que pendant que chaque groupe se croit fort pour dribbler l’autre, les Occidentaux ne soient en train de préparer autre chose avec un autre traître congolais ! Les époques changent mais les Occidentaux ne changent pas. La stratégie définie pour notre pays depuis la conférence de Berlin guide toujours leur action», prévient-il.
Ainsi, les acteurs de tous bords doivent comprendre que les divergences politiques ne devraient pas conduire à une situation dans laquelle une nouvelle force pourrait profiter des divisions internes pour s’installer. L’histoire du pays montre déjà que des situations inattendues peuvent s’inviter quand les principaux acteurs restent longtemps incapables de s’entendre. La question n’est donc pas seulement de savoir qui du pouvoir ou de l’opposition sortira vainqueur de la crise actuelle. Elle est aussi de savoir ce que la République démocratique du Congo gagnera à l’issue de cette querelle.
Les acteurs politiques aussi bien du pouvoir que de l’opposition devraient donc prendre le temps de regarder les épisodes de Lumumba et Kasa-Vubu, de Mobutu et de l’opposition, ainsi que l’arrivée de l’AFDL. Non pas pour refaire l’histoire, mais pour éviter de reproduire les mêmes erreurs.
Le pouvoir et l’opposition peuvent continuer à défendre leurs convictions, mais ils devraient aussi être capables de faire des compromis lorsque l’intérêt du pays l’exige. Car dans une RDC déjà confrontée à une crise sécuritaire difficile à juguler, une nouvelle longue crise politique pourrait encore déboucher sur des conséquences que personne ne maîtrise.













