Dix corps en décomposition ont été retrouvés le mercredi 5 août 2026 dans une église des Frères en Christ à Munguiko, dans le territoire de Mambasa, en Ituri. Selon l’APDEF Mambasa, ces victimes auraient été tuées par les combattants ADF lors d’une attaque intervenue entre le 30 et le 31 juillet dernier.
Par Charles Muhindo
D’après les informations communiquées par cette structure locale, les victimes étaient dans une veillée de prière lorsqu’elles ont été surprises par les assaillants. Elles auraient ensuite été exécutées avant que leurs corps ne soient abandonnés dans l’église. Leur découverte n’a été faite que quelques jours après l’attaque mais plusieurs personnes restent encore portées disparues.
L’APDEF, une structure de la société civile à Mambasa estime ainsi que le bilan pourrait encore s’alourdir. La structure de la société civile appelle les habitants à rester vigilants, estimant que le groupe ADF reste actif dans cette partie du territoire de Mambasa. Par ailleurs, un autre corps a été retrouvé sur l’axe Makumo-Mantumbi. Il s’agit de Katembo Mutsopi Vianney, tué, selon la même source, lors d’une attaque des ADF le 27 juillet dernier. Ces nouveaux faits viennent s’ajouter à une série d’attaques qui continuent de faire des victimes dans plusieurs localités de l’Ituri et du Nord-Kivu.
La recrudescence des attaques ADF à Mambasa et au Nord-Kivu inquiète d’autant plus qu’elle intervient alors que les opérations militaires contre les ADF sont menées depuis plusieurs années. Lancées officiellement le 30 novembre 2021 par les armées congolaise et ougandaise, ces opérations n’ont pas encore permis de mettre définitivement fin aux attaques du groupe terroriste.
Ces dernières années, les ADF ont continué à changer leur mode d’action, en multipliant les attaques contre les populations civiles, les agriculteurs et certains acteurs économiques présents dans les zones. Leur capacité à se déplacer entre plusieurs territoires complique également les efforts des forces de sécurité pour les neutraliser.
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita, vice-président de la commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale, estime justement que le groupe a totalement changé depuis ses premières années d’existence.
« Les ADF, actifs dans 4 provinces, bénéficient désormais du soutien de combattants venus du Mozambique, du Kenya, de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi. Ils ont muté d’un groupe dissident ougandais en une organisation terroriste structurée, capable d’opérer avec plusieurs cellules simultanées et de recourir à la technologie », a-t-il expliqué.
Pour cet élu, l’évolution des ADF se manifeste également à travers leurs moyens de financement et leur implantation dans certaines zones rurales. Le groupe impose notamment des taxes aux populations, tout en ciblant des activités économiques rentables.
« Leurs nouvelles sources de financement comprennent notamment les taxes de survie imposées sous peine de mort, ainsi que les attaques contre les exploitants aurifères et les producteurs de cacao à Mambasa et Lubero. Face à cette situation, il faut réfléchir à la création des comités de défense locale encadrés par l’État, même si le contrôle parlementaire reste limité sur la conduite des opérations militaires », a ajouté Carly Nzanzu Kasivita.
Depuis 2 mois, les massacres se sont multipliés à Mambasa et à Beni. L’ancien gouverneur remet en cause la tactique de l’Etat pour venir à bout de la nébuleuse.
« Il y a effectivement une recrudescence des massacres ces 2 derniers mois à Mambasa et à Beni. Ce qui est important, c’est de comprendre que cet enlisement ne peut pas être expliqué uniquement par la responsabilité de tel ou tel individu. Il s’agit plutôt d’un échec structurel de l’État dans la manière de faire face à cette menace », a-t-il déclaré.
Face à la persistance de ces attaques, l’opinion se questionne au sujet de l’efficacité des opérations menées contre les ADF. Malgré la présence des forces congolaises et ougandaises, les habitants de plusieurs zones restent exposés aux attaques et aux déplacements forcés. Le renforcement de la coopération militaire avec l’Ouganda reste d’ailleurs au centre. Il y a quelques jours, le président Félix Tshisekedi a remis 10 véhicules à l’armée ougandaise afin de renforcer les opérations conjointes engagées contre les ADF.
Mais sur le terrain, la découverte de ces 10 corps à Munguiko atteste que la menace reste loin d’être éliminée. Cinq ans après le lancement des opérations conjointes FARDC-UPDF, les attaques continuent de toucher les populations civiles, particulièrement dans les zones rurales de l’Ituri et du Nord-Kivu. Pour les acteurs locaux, la priorité reste donc la protection des populations.













